Entre deux chaises.

22 mars 2012 7h59 · Marc-Antoine Dion

Être entre deux chaises, ça ne fait pas avancer grand chose.  Or c’est exactement là ma triste position.  Je porte mon carré rouge parce que je n’ai pas eu un accès facile à l’Université, et donc, je me positionne vivement contre tout ce qui limitait, limite et limitera l’accès à un savoir plus large.  Mais, en même temps, je sais que s’il n’y avait pas eu des très politiques gels des frais de scolarités, il n’y aurait probablement pas eu de problème à toute nouvelle augmentation de ces frais.

Par contre ce dont je parle n’est pas au sujet de ma position face à l’augmentation, C’est plutôt au sujet de ma place dans l’un des gangs qui finissent par se définirent et s’opposer de plus en plus.  En fait, j’ai été trop simpliste.  Le système d’oppositions des groupes n’en est pas un qui s’installe sur une simple ligne comme je l’ai fait, mais plutôt un système bidimensionnel, comprenant donc une gradation verticale et une horizontale.  Il y a d’abord le premier eux/nous, utile et inutile, peut-être même dangereux.  C’est celui qui est vulgairement utilisé par les imbéciles radios poubelles (je me suis tanné de me gêner), incapables de faire une analyse en profondeur, ne cherchant qu’une qualité stigmatisante pour salir l’entièreté de ceux à qui elles appliquent cette qualité.  Ce sont les étudiants.  Pas «ceux qui étudient», mais plutôt «ceux qui ne travaillent pas».  Ce sont donc deux choses équivoques, mais pas d’une équivocité normale, mais d’une équivocité forcée.  Logiquement, si étudiant ne travail pas parce qu’il étudie.  Le «non-travail» est un effet de la cause «étudier».  Les poubelles et leurs plus simplistes auditeurs manquent alors de rigueurs.  Mais le problème n’est pas là.  Le problème réside dans l’encapsulation des disparités.  J’en parlerai plus loin.

L’autre problème de ce nous/eux, est l’inversion des rôles, le Nous étudiants et le Eux «reste de la population».  Ici, cependant, c’est plutôt bien géré.  On a pas compris ce Eux comme un problème, mais comme une entité qu’il faut conscientiser, qu’il faut convaincre, qu’il faut amener dans notre Nous.  Jusqu’à présent ça se passe plutôt bien.  On fait des interventions médiatiques, on passe à Tout le monde en parle, on a accès finalement à plusieurs tribunes permettant de bien diffuser son message et créer une réflexion davantage de société que simplement grégaire.  Je pourrais ainsi dire qu’il s’agit ici d’une relation saine.  De plus, ici, l’encapsulation des disparités permet de créer un front commun plus percutant, ce qui aide a la représentativité démocratique.

Là où ça va vraiment mal, mis-à-part cette encapsulation des poubelles et autres préhistorismes logiques, c’est qu’il y a à l’intérieur du groupe «étudiant», justement, une disparité qui n’aide pas à créer l’union nécessaire pour faire des revendications claires.

Il y a d’abord ces gens qui sont en grève à la vie longue.  Avant une quelconque annonce du gouvernement, ils sont contres et ont déjà des pancartes vierges dans leur garde-robe.  À mon avis, c’est contre eux que la pauvre Arielle Grenier a si mal démontré qu’elle se positionnait.  Or, j’ai cette même réaction face à eux.  Bien, pas aussi vide de sens, mais tout-de-même allant vers la même direction.  Je ne les comprends pas parce qu’ils sont une thèse-antithèse: pro et anti société en même temps.  Mais, je leur accorde un gros salut de la main pour leur efficacité lors des mobilisations.  Ils sont déjà prêts, équipés, organisés: toute manifestation est optimisée par leur présence.  -1 + 1 = 0, bienvenu alors !

Puis, il y a les jeunes caves, ceux qui cassent, qui s’opposent aux radios poubelles tout en agissant aussi irrationellement, et qui salissent, comme les poubelles le font pour la ville de Québec, la communauté à laquelle ils sont associés, justement ou injustement, les étudiants.  Nous les connaissons bien.  Ces sont ceux dont parlent TVA, les poubelles, et autres médias pris au «débrébu».

Et, ultimement, il y a celles et ceux qui tentent tant bien que mal de représenter leur cause, celle des étudiants, c’est-à-dire «ceux et celles qui étudient».  Nécessairement, dans cette complexité des polarités qui définissent généralement mal leur catégorie, il leur est ainsi plus compliqué d’arriver efficacement à se faire comprendre.  Le problème, un autre, est qu’ils sont tous aussi des gens intelligents, et donc positionnés.  Ils font comme les poubelles et ragent contre leurs propos, et ainsi, sortent de leur neutralité face au Eux et finissent par créer une double direction de leur relation.  C’est d’ailleurs ce qui arrive de l’autre côté aussi.  Ce sont les radios poubelles qui haïssent tout, mais aussi Lapresse.ca qui ont fait tout un travaille pour nettoyer les erreurs qu’ils prévoyaient chez leurs compétiteurs, en faisant un effort pour distinguer les étudiants grévistes des casseurs; ce sont les épais et épaisses qui utilisent «dire que je paye ça avec mes taxes» comme préfixe pour une majorité de leurs dires, mais aussi une majorité de parents qui s’inquiètent de ce qui se passe globalement dans notre société et qui réussissent à faire la part des choses à travers les discours démonisants.

Dans tout ça, ceux qui gagneront seront ceux qui encaisseront le mieux les coups de leur adversaires.  J’aime bien La Passion du Christ à titre d’image forte.  Ce qu’on se rappelle de cet événement c’est l’épreuve de Jésus, et surtout le classique «pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font».  On se rappelle des actions de «ceux-ci» par l’ignorance de leurs gestes et par la résilience de Jésus.  Donc ce sera qui ?  De ce point de vu, ça ne serra néanmoins pas les poubelles et pas les casseurs.  Ce seront ceux et celles qui auront gardé la tête froide et gardé le même discours du début jusqu’à la fin, qu’ils aient eu ou non ce qu’ils souhaitaient (après tout, Jésus est mort sur la croix quand même).

Je sais que des références religieuses font peur, je m’en excuse, c’est probablement un effet Santorum qui devrait se dissiper d’ici peu de temps.

http://ventedegarage.tumblr.com/post/19683822786/entre-deux-chaises

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