La magie opère encore…

25 janvier 2011 13h33 · Sylvie Isabelle

À propos l'article Voir Face cachée de la lune (La)

11 ans après sa création, le public de Québec a de nouveau la chance d'assister à La Face cachée de la lune, avec Yves Jacques en vedette sur scène. Lorsqu'il est question de cette pièce, je ne peux faire autrement que d'en parler au "je" tant elle a été marquante dans mon imaginaire.

Il y a 11 ans, je m'initiais tout juste au théâtre. J'avais vu quelques mises en scène classique qui m'avaient profondément ennuyée, mais je persistais, convaincue qu'il y avait quelque chose pour moi là-dessous. Lorsque je suis entrée au Trident pour voir La Face cachée de la lune, la petite affichette qui précisait que la pièce était d'une durée de 3h sans entracte m'avait profondément découragée. J'avais entendu parler de Robert Lepage, mais de là à le suivre 3h de temps, seul sur scène, j'étais sceptique.

Comme tous ceux qui ont vu la pièce, j'ai été littéralement hypnotisée du début à la fin, et j'ai même dû consulter ma montre pour me convaincre que 3 heures s'étaient bel et bien écoulées.

Et donc, depuis 11 ans, cette pièce n'a jamais quitté mon souvenir. C'est avec cette pièce que je me suis aperçue des possibilités infinies qu'offrait le théâtre, et c'est elle qui a servi de comparaison à toutes les pièces que j'ai vu par la site.

La marche était donc haute pour cette version de 2h15, avec Yves Jacques aux commandes. D'emblée, je dois l'avouer: Robert Lepage m'a beaucoup manqué, et ce n'est nullement dû à la performance d'Yves Jacques, en tous points parfaites. Toutefois, Lepage interprète à la perfection ces "losers" sympathiques, à l'ironie mordante et au sarcasme savoureux: je me suis attachée à lui dans ces rôles, et chaque petit détail me rappelait sa performance. Chaque mimique, chaque réplique me ramenait 11 ans plus tôt, au plaisir de découvrir cette pièce pour la première fois.

Et étrangement, je me suis aperçue que, même si cette pièce avait été si marquante, j'en avais oublié des pans entiers. Je ne me rappelais plus des marionnettes… Aujourd'hui, Populus Mordicus et Le Loup Bleu nous ont habitué à des marionnettes autrement plus perfectionnées: le petit astronaute m'a semblé bien fragile au milieu de cette grande scène.

Enfin, quoiqu'en dise les critiques, la pièce a tout de même vieilli un peu, même si ses cheveux blancs lui vont à ravir. Fumer dans un bar? Vous n'y pensez plus aujourd'hui!

Malgré tout ça, la poésie et la douceur qui émanent de cette pièce étaient tout de même au rendez-vous. Je ne suis pas ressortie aussi époustouflée que je l'avais été il y a 11 ans, et plusieurs pièces m'ont depuis impressionnée, émue et touchée. Par contre, La Face cachée de la lune garde pour moi ce charme de première et de découverte: même avec Yves Jacques, on y devine Robert Lepage et c'est pour moi la marque d'une grande oeuvre, personnelle et unique. Encore et encore, je regarderais la scène finale toute en apesanteur qui était encore toute fraîche dans ma mémoire.

Avec La Face cachée de la lune, Lepage a définitivement écrit une page de l'histoire théâtrale québécoise, et l'amour que les habitants de la ville de Québec lui porte est palpable. Nul n'est prophète en son pays? Ça ne s'applique surtout pas à Robert Lepage.

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