Tragédies romaines à l’ère du numérique

5 juin 2010 14h48 · Sylvie Isabelle

À propos l'article Voir Tragédies romaines

Comme bien des gens dans la salle hier, j'ai eu un choc lorsque je me suis aperçue que la représentation à laquelle j'assistais hier soir était d'une durée de 5h30. Un vendredi soir, après une semaine de travail, les réserves d'énergie et de concentration ne sont pas à leur maximum…

J'appréhendais également l'aspect tragédie de la chose: j'ai encore souvenir d'une tragédie grecque de 4h qu'une troupe française était venue nous offrir il y a plusieurs années de cela, toujours au Grand Théâtre… J'avais souffert chaque seconde en me mordant les doigts d'avoir été trop curieuse pour demeurer chez moi.

C'est vous dire à quel point le contraste était fort avec les Tragédies Romaines du néerlandais Ivo Van Hove: on transpose ce classique de façon libre et inventive à l'ère du numérique, des médias sociaux et des télé-réalités et, à travers ce décalage, on s'aperçoit toutefois que la nature humaine évolue étonnamment peu.

Pour notre plus grand plaisir, on fait éclater les conventions: les spectateurs sont invités à venir s'asseoir sur scène, 3 bars offrent ravitaillement et rafraichissements, toujours sur la scène, et des postes informatiques permettent de laisser des commentaires qui sont retransmis aux spectateurs.

Cette dynamique multiple permet de maintenir l'intérêt des spectateurs: les points de vue sont nombreux grâce aux projections, tant pré-enregistrées qu'en direct, et on peut facilement suivre les surtitres. La représentation est une expérience, d'un bout à l'autre.

La mise en scène de ces Tragédies Romaines et tous les aspects inédits qu'elle comporte fait tant jaser qu'on peut facilement en oublier le jeu des comédiens: c'est bien dommage car ils sont tous solides, et force est de constater la qualité de leur jeu en dépit de la barrière de la langue. Je salue également leur concentration: il ne faut pas oublier qu'ils évoluent parmi les spectateurs, tantôt passant à côté d'eux, tantôt partageant un divan, mais toujours souriant et poussant même l'amabilité à les saluer et à y aller d'un petit "bonjour" en passant.

La possibilité de participation avec les spectateurs offre un éventail de possibilités: toutefois, on en était hier davantage à l'ère du Web 2.0 avec de la génération de contenu qu'à un niveau de réelle interaction et d'intégration. Les commentaires des spectateurs, via l'interface web de la troupe ou via Twitter, servait à alimenter les courtes pauses pendant les changements de décor. Ma deuxième constatation, c'est qu'encore bien peu de gens, à tout le moins peu de gens présents hier, utilisent Twitter: nous étions trois hier soir, en m'incluant.

Tragédies Romaines est une pièce qui marquera sans conteste l'histoire du théâtre, on peut déjà l'affirmer. Ce que j'aimerais, c'est la revoir dans quelques années, histoire de me régaler à nouveau de la mise en scène qui foisonne de trouvailles, de savourer encore le jeu de ces comédiens et aussi de constater l'évolution des médias sociaux: nulle doute que dans quelques années, les commentaires des spectateurs seraient plus nombreux et surtout, plus poussés que ceux émis hier soir.

 Bref, vous y allez ce soir? Je vous suivrai sur Twitter!

Et je vous mets au défi de ne pas fredonner du Bob Dylan sur le chemin du retour!

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