Info-pub (3)

16 janvier 2013 22h40 · Steve Boudrias

On pourrait croire que l’information nous éloigne de l’univers du spectacle.

Pourtant, on peut y observer des processus d’intensification semblables, animés par la même logique de l’impact maximal.

Portrait de l’Occidental en extrémiste soft 

LES MÉTASTASES DU DIVERSTISSMENT

L’information: un makeover extrême de la réalité

 

 

Troisième semaine.

Ma résolution du début de l’année 2013 tient toujours.

  1. Rester positif.
  2. Continuer à balayer le petit fil de presse improvisé que représente mon compte Twitter afin d’y déceler une information digne de mention chaque semaine. Une information qui pourrait toujours « nourrir son homme », même lorsque celle-ci serait sortie du cadre de l’actualité du jour, de la célébration commémorative occasionnelle ou de l’éphéméride quotidien.
  3. Finalement, balayer l’espace médiatique afin d’y relever un bon moment audio-visuel, un instant intéressant radiophonique et une belle référence textuelle. Et ce, afin de m’intéresser à ce qui se passe ailleurs, ce qui se déroule au Canada (hors des strictes limites du Québec) et ce qui se dit d’intelligent sur les médias.

L’utilité d’une « information rare » – cette information substantielle, précieuse, qui vaudrait toujours son « pesant d’or », même après quelques jours d’exposition à la dégradation accélérée du fil du temps – tient du fait qu’elle peut survivre à la cadence rythmée « imposée » par les médias de masse et leur feu roulant d’information.

Pour m’aider et me donner un peu d’inspiration dans ma recherche, je me suis plongé cette semaine dans le chapitre sur les médias, de l’excellent essai de Jean-Jacques Pelletier, cité en exergue de ce billet – en haut à droite, en italique.

 

*

Mes yeux étaient fatigués de voir.

- Pedro, personnage du film d’Igor Leon

 

 

ce qui se passe ailleurs…

 

À la première semaine de ce blogue, un documentaire très instructif sur l’histoire récente du Pakistan, hébergé sur le site de TouTV, avait attiré mon attention. Ce document télévisuel, présenté à Grands Reportages sur RDI, faisait la narration des changements socio-politiques intervenus dans ce pays en se servant du destin tragique de la famille Bhutto comme fil conducteur. Un document sur l’histoire d’un pays toujours déchiré par la violence et l’instabilité politique en ce moment, c’est toujours utile, me suis-je dis. Surtout quand un témoin-clé de cette histoire frappante résume pratiquement le régime politique du Pakistan à ceci: une démocratie à cinq lettres, celle du nom de famille de l’incontournable famille mentionnée plus haut.

Bref, cette semaine, je récidive en me servant indirectement, encore une fois, du même site pour mettre l’accent sur un documentaire produit par ARTE sur Fidel Castro.

Tout d’abord, le second épisode d’un documentaire intitulé Castro. Le premier épisode ayant déjà disparu de la plateforme - God knows why… – j’ai failli ne pas parler de ce document audio-visuel et me choisir autre chose.

Mais le destin du peuple cubain et la personnalité très controversée du lider maximo m’intéressait déjà depuis bien longtemps, alors je n’ai pu m’empêcher de piocher dans le territoire virtuel du web pour y trouver quelque chose à me mettre sous la dent.

Et j’ai trouvé deux superbes reportages sur Youtube, qui ne datent pas d’hier, certes, mais qui valent le détour, si on se donne la peine de les remettre dans leur contexte ou si on se laisse prendre par l’aspect fascinant de leur narration descriptive.

Bien entendu, en ce qui concerne Fidel Castro, rien ne peut être produit et réalisé tout à fait objectivement. Il y a chez cet homme et dans la vaillance du peuple cubain quelque chose qui relève à la fois de la tragédie nationale et de la résistance héroïque. Les deux entrelacés si fortement que la tragédie finit par étouffer la résistance, à force de l’embrasser avec une fougue toujours un peu plus désarmante.

*

Fidel Alejandro Castro Ruz a cette particularité : son rôle d’homme d’État peut produire un jugement qui peut différer radicalement d’une personne à l’autre. Et parfois même aller d’un extrême à l’autre chez le même témoin de ses exploits ou de ses excès. À condition que ce témoin n’ait pas été jugé, condamné sommairement et exécuté, bien sûr…

Cela dit, il est vrai que les nombreuses interventions d’analystes de la CIA dans le reportage précédemment « hyper-surligné » teinte l’information d’une couleur pro-américaine.

Toutefois, d’autres témoignages rapportés dans le même documentaire, comme celui d’un prisonnier politique évoquant les années les plus sombres du crépuscule de l’ère Fidel, ne laissent pas beaucoup de place au doute. Par exemple, lorsque ce témoin de la barbarie du gouvernement Castro révèle que, lorsqu’un compagnon de cellule ayant entrepris une grève de la faim pour ébranler le régime (le jeu de mots est involontaire mais le parallèle avec l’actualité du jour ne l’est pas) – Fidel prend la décision de le priver d’eau, précipitant ainsi sa mort quelque jours plus tard seulement. Comment ne pas percevoir l’inhumanité du dirigeant cubain à ce moment-là ? Comment ne pas y VOIR les dérives d’une idéologie en déclin, à laquelle le dictateur s’accroche pour justifier les plus graves infractions à la liberté de ses compatrites ? Comment ne pas y VOIR un contraste, sinon une contradiction flagrante, avec toutes les belles paroles et les belles promesses (pour la plupart, jamais tenues) de ce chef de guérilla transformé par l’attrait du pouvoir en dictateur certifié ?

*

Mais n’en restons pas là car L’enfance d’un chef, produit par ARTE et réalisé par Daniel Leconte captive par son récit et confirme dans ses réserves quiconque est assez honnête pour suivre le parcours sinueux de ce « héros révolutionnaire » qui était déjà, dès le départ, moins communiste que son frère Raúl, qui occupe maintenant la direction de Cuba, avec une attitude un peu plus conciliante que son illustre frère, ironiquement.

Présenté par d’illustres personnages de l’histoire ou de l’art, encore récemment, comme un humaniste et un homme extraordinaire (Nelson Mandela et Gabriel García Márquez étant du nombre, notamment), Fidel Castro se révèle tout de même assez clairement dans cette autopsie du révolutionnaire cubain effectuée par Leconte.

C’est d’ailleurs la grande qualité de ce documentaire : celle de démonter le mécanisme de propagande en découpant une par une les séquences de son accession au pouvoir afin d’y souligner les éléments de preuve démontrant que, dès le départ, il y avait au coeur de la révolution cubaine un homme qui allait trahir ses plus ardents combattants et ensuite aubser le peuple cubain lui-même.

Mais à quoi bon tenter de dénouer tous les noeuds de cette histoire en quelques lignes, en essayant de remettre en question les décisions d’un homme dont les convictions demeurent encore aujourd’hui insaisissable, à la lumière des dérives de son pouvoir autoritaire ? Mieux vaut se contenter de rappeler que le jugement de l’histoire sera beaucoup moins élogieux que sévère à son endroit. Car l’histoire, contrairement à ce que le jeune Fidel imberbe clamera très tôt, dans ces premiers élans révolutionnaires ratés, ne l’absoudra pas.

*

Enfin, peu importe. D’autres que moi se sont très bien chargé de déboulonner le monument virtuel érigé jusqu’ici à Fidel. Comme Zoé Valdés, par exemple, qui fera le choix judicieux d’un essai romancé pour démonter La Fiction Fidel.

Cela dit, Fidel Castro passera au cours de ses décennies de pouvoir du rôle de leader révolutionnaire charismatique, aux yeux du monde, à une présence plus spectrale et fantomatique, aux yeux de son peuple, par la suite. Comme le démontre ce récit riche en révélations sur les activités du ministère de l’intérieur du pays, dans un portrait baroque et coloré exécuté à l’écran par le témoin de la mascarade macabre qu’a représenté le procès du général Ochoa.

Éparpillé ici sur Youtube, comme les sept pièces d’un casse-tête décrivant dans le détail la tyrannie d’un homme qui disait pourtant, au sortir de la la Sierra Maestra, ne pas être intéressé par le pouvoir. La bonne blague.

Ochoa, la dernière mission, diffusé sur France 2 en 1999 et aussi sur Télé-Québec par la suite, je ne sais plus exactement quand :

1- http://www.youtube.com/watch?v=djhickM0J6A …

2- http://www.youtube.com/watch?v=zpwMPZ-WQ84 …

3- http://www.youtube.com/watch?v=TCkW_0P9qxg …

4- http://www.youtube.com/watch?v=x85CJ6acg64 

5- http://www.youtube.com/watch?v=th4FiLBGYYs …

6- http://www.youtube.com/watch?v=4gfm4q4EmEc …

7- http://www.youtube.com/watch?v=rFCvUShijKc …

 

 

 

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Le Canada n’est ni une nation ni une république,

mais une colonie qui a mis en place des institutions

spécialement pour exploiter les ressources naturelles. 

- Alain Deneault,

auteur du livre « Paradis sous terre »

 

ce qui se déroule au Canada…

 

Pour la seconde partie de ce billet, je peux enfin dire que Twitter m’a permis, grâce au fil d’actualité et d’informations parallèles qu’il représente de tomber sur cet entretien extrêmement intéressant avec Alain Deneault, coauteur du livre-enquête Paradis sous terre :

Le Canada, plaque tournante de l’industrie minière… et de ses magouilles

Dans cet article offert par Le Globe, site web offrant un « regard citoyen » sur l’actualité, les affaires publiques, la culture et bien d’autres choses encore, on y apprend que, non seulement le Canada est le « plusse meilleur pays du monde », mais qu’il est même un paradis ! Oui, oui, car « le Canada est un véritable paradis » pour les compagnies minières du monde entier.

C’est-y pas beau-ti-ful, tout ça ?

Par exemple, saviez-vous que trois sociétés minières sur quatre ont leur siège social au Canada ?

Saviez-vous également, toujours selon l’auteur, que « les diplomates canadiens font pression sur les autorités locales des pays où les compagnies (minières) s’installent, pour les amener notamment à adopter des codes miniers d’inspiration canadienne » ?

Comme si ce n’était pas déjà assez motivant comme ça, saviez-vous également que Alain Deneault a aussi co-écrit avec Delphine Abadie et William Sacher un autre livre, aux éditions Écosociété,  intitulé Noir Canada ?

Noir Canada n’a jamais eu la chance d’être un « coup de coeur » Renaud-Bray car la maison d’édition ainsi que ses auteurs ont été attaqué en justice par la multinationale Barrick Gold.

C’est y pas assez a-ma-zing tout ça ?

Enfin, je vous laisse lire tout ça et vous laisse juger de l’état de la situation…

 

Remerciements : @renartleveille pour m’avoir mis sur la piste en relayant l’info sur le reseau et @LeGlobe pour avoir offert une tribune supplémentaire à l’auteur du livre mentionné dans l’entrevue.

 

 

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La grande flexibilité du Web

 

permet à l’internaute de VOIR

 

et d’entendre ce qu’il souhaite,

 

quand il le souhaite,

 

même lorsque ses préférences

 

sont très minoritaires.

 

- Yves Rabeau

ce qui se dit d’intelligent sur les médias…

 

Finalement, pour cette dernière partie, pourquoi ne pas aborder cette sempiternelle question* de la fameuse « mission » de Radio-Canada en soulignant un texte de Yves Rabeau, présent sur le site web du journal Le Trente, magazine du journalisme au Québec ?

Vous n’êtes pas journaliste ? Moi non plus. Yves Rabeau non plus, d’ailleurs.

Vous n’êtes pas publicitaire également et pourtant il serait nécessaire que vous vous intéressiez à la publicité.

Pourquoi ? Tout simplement parce que, pour reprendre l’essai de Jean-Jacques Pelletier, l’information, la publicité et l’humour sont trois miroirs qui, au Québec, « contribuent à refléter/fabriquer l’identité des individus » dans une société comme la nôtre. Une société situé quelque part dans un espace virtuel, à l’intersection de la société de consommation, celle des loisirs et celle du spectacle.

Bonne réflexion !

 

* sempiternel : Qui est répété indéfiniment au point de fatiguer.

exemple: 

  1. Le « fameux » mandat de Radio-Canada
  2. La TQSisation de Radio-Canada
  3. Étude : Mandat et financement de la Société Radio-Canada (SRC)

 

Dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux.

- Guy Debord, « La Société du Spectacle » 

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