LE CAS TRUDEAU

16 février 2012 1h17 · Steve Boudrias

15 février 2012, 22h38

J’avais dans l’intention de laisser vivre mon dernier billet un peu plus longtemps mais, suite à cette histoire de Trudeau, démarrée au ralenti et en retard sur les médias sociaux, suite à l’émission animée par Franco Nuovo, intitulée joliment Dessine-moi un dimanche, je suis bien obligé de me remettre à écrire un petit peu afin de faire avancer mes confessions de jeune retraité de la politique traditionnelle.

Je ne vais pas revenir sur la controverse en entier et citer Pierre-Jean-Jacques ou Peter, Paul and Mary dans le ROC afin de déterminer si oui ou non Justin Trudeau est en train de virer souverainiste.

Il a dit ce qu’il avait à dire. Point barre.

Il a créé un effet bœuf de l’Ouest. Et c’est son droit le plus strict. Tout le monde à droit de frapper l’imagination du public, c’est de bonne guerre, comme on dit…

C’est en grande partie pour cette raison qu’on paye les élus : pour qu’ils nous parlent sans détours, sans toujours lire la ligne pointillée du parti ou en récitant un texte insignifiant, transpirant la novlangue de la pire extension du discours universitaire, le politiquement correct.

NOVLANGUE, LANGAGE POLITIQUEMENT CORRECT ET RECTITUDE POLITIQUE

D’ailleurs, je tiens à souligner au passage que le langage politiquement correct, développé sur certains campus universitaire, avait certains mérites tout en étant rempli de bonnes intentions. Le mérite de casser les appellations insultantes ou diminutives accolé à un groupe d’individus et la bonne intention de changer le monde en passant par la modification du langage utilisé pour décrire un phénomène, une réalité ou une situation donnée.

Enfin, ce qui n’était qu’une expérience de sciences sociales a mal tournée et la machine imaginaire s’est emballée pour finir par être étirée au-delà du raisonnable. Les petits n’étaient plus petits mais verticalement concurrencé. Les pauvres n’étaient plus pauvres mais économiquement défavorisés. Les vieux sont devenus des personnes âgées et ensuite, très rapidement, des aînées parce que la simple mention de l’âge lui-même, du fait de vieillir carrément, en quelque sorte, était toujours de trop dans la conversation…

Incapables de réaliser ou de stopper les dérapages d’une telle thérapie par le langage ou plutôt par la manipulation hiérarchique de ce qui ne pouvait plus s’appeler un chat, désormais, l’idée a été récupérée en politique et, surtout, par les firmes de relations publiques travaillant pour le compte de bien des gouvernements incapables de parler à la population franchement, sans détour, bref, toutes ces bonnes intentions thérapeutiques de départ ont finit par être transformé en machine à détruire le langage, le discours et, finalement, la pensée elle-même.

Autrement dit, à force de construire des discours alambiqués surchargés de mots ne faisant aucun sens au bout de la ligne. Habituellement, quand on entend un tel discours politique, je me dis : « Voilà bien du charabia pour bien peu d’abracadabra. » Ou bien à force de faire passer des hiéroglyphes visuels, un langage ultra technique ou un jargon outrageusement bureaucratique pour de la politique de haute voltige, la communication a été rompue par ceux-là même qui se disaient ET se disent toujours capables d’établir mieux que les politiciens eux-mêmes des « relations publiques » avec la population.

Or, ce n’est PAS le cas. Ça n’a jamais été le cas.

Ainsi, au-delà de la corruption (il y en a toujours plus ou moins eu), du copinage (il y en aura toujours) et du manque d’éthique (le problème avec la morale, c’est que c’est toujours la morale des autres), ce qui mine la politique tant fédérale, provinciale que municipale est ce que les Français appelle la com.

La com ou la communication. Une espèce de machine à produire de la boulechite tellement rapidement et «efficacement » qu’il est impossible d’échapper à la rhétorique ou à l’omniprésence du porte-parole ou du porteux de valise.

Bref, pendant que les analystes politiques perdent leur temps à ergoter sur le contenu du discours de Justin Trudeau, on oublie la population en générale.

Comme toujours, on s’obstine à vouloir faire du sens avec des déclarations qui n’ont pour seuls mérites que de n’avoir pas été totalement rédigées OU, pire encore, scénarisée de A à Z.

On peut très facilement comparer cela à un contrôle du message si étroit pratiqué par les Conservateurs à Ottawa et se demander pourquoi une pratique qui était dénoncée jadis ne l’est plus au moment précis pendant lequel on tord la réalité si fortement que ce qui est foncièrement fédéraliste de naissance se transforme soudain en séparatiste inavoué.

L’expression anglophone utilisée par les propagandistes du PCC était encore plus explicite et pernicieuse dans sa fabrication puisqu’elle faisait référence au « coming out » que doit faire un homosexuel pour être accepté par « sa » communauté ou LA communauté. Une belle petite brise d’homophobie, comme seuls les conservateurs sont capables de vous servir du bout des lèvres, avec tout le tact et le savoir-vivre dont ils sont incapables de faire preuve lorsqu’il s’agit de descendre en public un ennemi numéro 1 potentiel.

 UN LONG DÉTOUR POUR ABOUTIR AU PIED D’UN ESCALIER

Je termine donc ce long détour pour faire preuve d’honnêteté et avouer que, sur Twitter, dimanche dernier, juste avant d’aller VOIR le film Safe House mettant en vedette Denzel Washington, j’ai lancé mon l’interrogation suivante aux quelques centaines d’abonnés me suivant plus ou moins attentivement sur le site de micro-bloguage en début d’après-midi.

Habituellement, je n’ai que très peu de feedbacks ou de ReTweets lorsque je parle politique et, surtout, lorsque je parle de politique fédérale, je ne suscite pas beaucoup de réactions.

Mais, curieusement, sans en être conscient, le simple fait de demander si Justin Trudeau avait vraiment dit qu’il participerait à l’indépendance du Québec si les lois du Harperland continuaient de nous tomber sur la tête à grands coups de masse, j’ai eu droit à une série de réactions allant de la perplexité totale jusqu’à l’insulte à peine voilée, en passant par le RT pur et simple.

Et ce, je le rappelle, quelques heures après la diffusion en direct de l’émission radiophonique.

Ce qui démontre que les propos dits sur un ton anodin, quand il ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd, peuvent prendre une tangente plutôt inusité.

Bien évidemment, je ne suis pas en train de dire que j’ai initié la rumeur autour des propos controversés du député libéral de Papineau, mais force est de constater que le « buzz » n’était pas très présent avant mon intervention sur le site.

Je peux me tromper mais, tôt le dimanche, il n’y a pas une foule de journaliste pour écouter attentivement ce qu’un député fédéral a à dire sur Stephen Harper alors qu’il n’y a même pas une élection à portée de micro ou de caméra.

Enfin, tout ça pour dire que les médias sociaux sont une caisse de résonnance énorme qui permet de donner beaucoup d’écho à ce qui n’est pas relevé par les journalistes traditionnels, qui fonctionnent encore au beat de l’enveloppe brune et à l’écho de vestiaire à peine filtrer par leur jugeote endormie par l’ancienne technologie unidirectionnelle de l’information diffusée en continu.

Or, ce « bon vieux temps » est terminé. Fini l’attentisme des auditeurs et de téléspectateurs. Fini l’immobilisme et la statique des écouteurs de nouvelles. Nous sommes dans une ère de réactivité ou de pro-activité intensive de la part des consommateurs d’informations.

Pas la peine d’avoir la tête à Papineau pour comprendre que la visite de Trudeau ne visait qu’à attirer un peu de capital de sympathie au PLC lors d’une émission de relativement faible écoute, à une heure de diffusion très peu propice à la réaction vive.

Mais c’était sans compter l’archivage des émissions sur le site virtuel de l’émission de la SRC.

Par conséquent, il ne suffisait pas de lancer la « rumeur », il fallait aussi permettre aux récepteurs de la « nouvelle », trop belle pour être vraie, de confirmer par eux-mêmes la nature réelle ou non, de la conversion de Justin Trudeau au séparatisme Québécois.

Encore une fois, j’insiste. Je ne suis pas en train de dire que j’ai créé une nouvelle ou un buzz dimanche dernier MAIS, quiconque est à l’origine de la rumeur virtuelle a réussi son coup.

Et, je me répète, tout ça est de bonne guerre.

Je souris déjà à l’idée de VOIR des gens perdre leur temps à essayer de valider ou non le fait que moi ou un autre membre de la communauté 2.0 a bel et bien été à l’origine de cette rumeur.

Dois-je rappeler que la rumeur est le plus vieux média du monde?

Dois-je aussi rappeler que j’ai déjà dit que le belge Jean-Noël Kapfoerer et l’albertain de naissance Marshall McLuhan font partie de mes maîtres à penser?

Dois-je ajouter que je ne suis présent sur Twitter que depuis un an et que je suis classé parmi les 55 gazouilleurs ou oiseaux moqueurs hyperactifs du réseau à Montréal, en français surtout, sans que cela n’affecte outre mesure le nombre d’abonnements à mon compte ou ne réduise mes référencements sur le site ou mon ratio de RT?

Dois-je rappeler le bilinguisme indéniable de la métropole et la circulation rapide d’une info privilégiée d’une langue à une autre quand celle-ci sert l’intérêt de tous ceux qui veulent l’entendre?

Dois-je ajouter aussi qu’il a fallu deux jours aux médias traditionnels pour faire une nouvelle avec les déclarations de Justin Trudeau alors que la rumeur a été allumée le dimanche même de la dite déclaration incendiaire?

Tant de questions auxquels je suis très curieux d’avoir des réponses…

En attendant, revenons à la chanson de Paul Piché et à cette fameuse expression de l’esprit d’escalier chère à Pierre Eliott Trudeau, afin d’expliquer la raison de mon intertitre, si vous le voulez bien.

Je l’ai utilisé sciemment parce que l’as de la souveraineté, le père du Canada et le fils de ce dernier tombe tous les trois dans ce fameux escalier que je construis en ce moment devant vous.

Un escalier qu’il ne faut pas monter puisqu’il n’existe que dans ma tête et la vôtre.

Ces trois individus n’ont aucun rapport direct les uns avec les autres. Sauf que je décide de créer de toute pièce une image forte, ayant une énorme résonnance au cœur de mon public potentiel, ceux qui ont grandi en écoutant dans les années 1980 Piché chanter « Cochez OUI, cochez NON », chanson éminemment référendaire mais directement antibureaucratique et aliénante, et ce, afin de faire une démonstration de ce que je comprends du constructivisme comme moyen de fabriquer de la propagande.

Ce que je fais en ce moment, j’espère que vous n’avez pas de doute là-dessus, n’est-ce pas?

Enfin, moi j’ai toujours des doutes, mais j’espère que vous n’en avez pas, pas vrai? Vous, vous savez exactement faire la différence entre ce qui est VRAI et FAUX, n’est-ce pas? En fait, vous avez déjà beaucoup de mal, tout comme moi, à faire la différence entre le bien et le mal pour ne pas être considéré comme fou aux yeux de la justice humaine, imaginez aux yeux de la Vérité même…

Je m’amuse un peu avec votre tête, je vous tire la pipe un peu, j’avoue.

Mais c’est pour les besoins de la démonstration.

La communication est devenue extraordinairement rapide, plus rapide que la télévision, la radio et les journaux. La communication postmoderne renoue carrément avec la préhistoire, le téléphone arabe (bonjour, printemps qui me chauffe la couenne!) et provoque un « cultural shifting » majeur.

Ainsi, en perdant de son caractère unidirectionnel, la communication directe rendue possible par les réseaux sociaux internationaux tels que Twitter et Facebook permettent une délocalisation de la pratique politique, une praxis de la propagande inédite. Mais, surtout, ces deux moyens de communication pluridirectionnels permettent une liberté d’expression nouvelle et quasi illimitée DANS LA MESURE OU LEUR CONTRÔLE ÉCHAPPE À LA NATION QU’ON CRITIQUE… ou échappe au contrôle exercé habituellement par les spin doctors attitrés des différentes formations politiques œuvrant officiellement à en créer une nouvelle, si vous voyez ce que je veux dire.

En fait, ce que je veux dire, c’est que ce n’est pas Justin Trudeau, le fédéralisme libéral ou le mouvement souverainiste qui devrait faire la manchette suite à cet épisode, c’est carrément le phénomène social des médias sociaux et son INFLUENCE sur la sphère politique.

À votre place, je penserais bien gros à ça en mangeant des chips devant Star Académie, Tout le monde en parle ou le prochain match de hockey du Canadien ou d’une quelconque équipe de la LNH qui est capable de patiner et gagner des points au classement en même temps.

Autrement dit, si un fuckin’ no name, une marque sans nom comme moi peut avoir un impact relatif ou majeur dans la conduite du flux et reflux médiatique de masse auquel on vous expose à partir d’un petit appareil de moins de 600$, imaginez ce qu’une machine politique bien organisée pourrait faire si elle connaissait la méthode ou les moyens pour faire une propagande invisible à l’œil nu sur les médias sociaux?

Pire encore, imaginons que je suis complètement en train de fabuler et que cette réalité est déjà effective et expliquerait en grande partie le succès d’un parti comme celui dirigé par Stephen Harper et Barack Obama, qu’est-ce que cela voudrait dire sur les limites du cinquième pouvoir à l’aube du XXIe siècle?

Pensez à cela pendant que je vous raconte une petite anecdote finale.

MA RENCONTRE AVEC LA FILLEULE DE PIERRE ELIOTT TRUDEAU

Là, c’est ICI que mon billet de blogue devient intéressant et permettra facilement à quiconque de bien informé de confirmé ou d’infirmé mes dires publiquement et ainsi prouver hors de tout doute que je suis un excellent mythomane ou mégalomane du dimanche.

Je travaillais à l’époque au 11e étage d’une firme de sondage pancanadienne qui détermine, surtout au Québec car elle a de la concurrence d’une autre firme d’origine néerlandaise dans le ROC, le salaire des gens qui font et défont le petit monde des médias électroniques. J’ai nommé la radio et la télévision.

J’y occupais à l’époque de ma curieuse rencontre un poste tout ce qu’il y a de plus… comment dirais-je sans être peu flatteur envers moi-même en public?… modeste.

En tant que membre du cervotariat interchangeable de cette entreprise de recherche marketing et média, j’ai eu la chance (oui, oui, la chance) de rencontrer une jeune femme un peu rondelette à l’époque (elle ne doit plus l’être si elle a réussi son cheminement légal à McGill) qui disait être la filleule de Pierre Eliott Trudeau lui-même.

Imaginez. Pour quelqu’un qui se faisait un malin plaisir à faire la propagande de la souveraineté dans la cuisine collective de l’entreprise (et surtout à l’extérieur des murs de la compagnie), rencontrer celle qui avait pour parrain l’ennemi juré des séparatistes dans les années de gloire du mouvement péquiste, je ne pouvais rêver mieux pour ajouter à mon mythe!

Le problème, c’est qu’au moment de mon échange « public » avec elle, j’ignorais qui elle était. Habituellement, la rumeur d’un enfant ou d’un rejeton du monde politique finissait toujours par me venir à l’oreille avant que je parle à la personne en question. Par exemple, un ancien du PQ très actif sur le web, et surtout sur Vigile.net, a eu (selon ce qu’on m’a dit, toujours, je ne fouille pas le portefeuille des gens que je croise au hasard) une autre fille que j’ai rencontrée, des années plus tard après sa naissance, exactement au même endroit.

Bref, ne nous perdons pas trop dans les fleurs de la tapisserie et revenons à l’essentiel.

J’étais dans la cuisine de la « shop » postmoderne, en pause repas, je discutais fort de politique et de constitution (mon dada, je l’avoue) quand une jeune femme un peu excitée (pas hystérique ni nerveuse) m’a apostrophé devant mon auditoire improvisé constitué en grande partie de néo-Québécois, autrement dit devant des immigrés de seconde génération pour la plupart.

Voyant que je ne leur étais pas antipathique dans mes propos, au contraire, je les faisais même rire et écouter très attentivement l’histoire de mon pays qui refuse de naître, la présumée filleule de feu Trudeau a essayé de me prendre en défaut sur un point de droit quelconque en rapport avec la constitution canadienne. Rien de très technique ou de très compliqué, une broutille d’enfant d’école qui aurait pu surprendre un décrocheur qui n’aurait pas reçu une EXCELLENTE note en Histoire du Québec et du Canada en secondaire IV grâce à un enseignant d’origine arabe ayant transité par la France avant de s’établir au Québec.

Vous comprenez un peu mieux ma touche spéciale? Pas encore. Ça s’en vient, t’inquiète, ma poule.

Alors, je relève le gant – j’adore quand on veut me contredire sur la marche à l’Amour du Québec vers son indépendance devant un bon public – et je rejette du revers de la main en riant son argument, dont je ne me souviens plus la teneur exacte.

Voyant que ma réplique ne réduit en rien mon pouvoir de persuasion auprès des nouveaux arrivants, la clientèle habituelle du parti libéral (provincial ou fédéral), elle me crie presque, la voix un peu frémissante, que je suis un homme dangereux.

Dan-ge-reux. Comme dans Johnny le Dangereux avec Michael Keaton?

Je suis évidemment mort de rire devant cette déclaration désespérée et je continue mon repas en jasant d’autre chose. Parce qu’un moment donné, la politique, comme dirait Stéphane Richer à propos du hockey : y’a pas juste dans’ vie.

L’anecdote ne finit pas là. Attache ta tuque, next one much better, comme dirait Yvon Deschamps à propos du câble.

Là, je vois ma belle toute enrobée de cuir griller une cigarette qui jase toute seule sur la terrasse extérieur du bâtiment (eh oui, on avait une terrasse au 11e étage) et je décide d’aller fraterniser avec les fumeurs. D’ailleurs, si jamais je pogne le cancer des poumons un jour, je ne serai pas déçu parce que mes conversations les plus intéressantes l’ont été en présence de fumeurs.

Enfin, je sors à l’extérieur avec mon petit manteau et je m’installe près de la filleule de PET, le fameux diable en personne, tsé, et je lui souris. Moi, quand on me contredit, je ne peux pas faire autrement que d’avoir du fun. Et c’est à ce moment qu’elle se retourne dans la nuit approchante au centre de ma belle ville de Montréal et me lance, en gros, qu’elle n’est pas d’accord avec ce que je dis (what a surprise!) qu’elle ne le sera jamais (what else is new?) MAIS qu’elle me respecte et respecte mon point de vue ET mes arguments constitutionnels.

Là, je ne souris plus, je suis carrément captivé. Une femme farouche habillée de cuir qui fume et qui cherche à impressionner un ti-cul pas de cul pas de diplôme au onzième étage d’un building pourri qui donne à peine la vue sur Metcalfe à partir de Peel.

Re-bref, j’écoute la suite et ce n’est pas piqué des vers.

Elle m’explique qu’elle étudie en droit à l’université McGill et qu’elle se spécialise en droit des affaires, plus précisément dans le libre-échange entre le Canada et les États-Unis. Je ne bronche pas. J’ai déjà parlé à des gens qui étudiaient des matières plus compliquées et dans des universités tout aussi respectables que McGill auparavant.

Mais ce qu’elle me dit par la suite éclaire un peu ma lanterne et éveille mon sixième sens. Celui de la méfiance.

Elle me sort tout de go qu’elle est la filleule de Pierre Eliott Trudeau, toujours vivant à ce moment-là, et qu’elle a décidé de choisir cette carrière parce que les Conservateurs de Brian Mulroney ont réalisé un accord de libre-échange avec nos voisins du Sud tellement rempli de trous, d’un point de vue légal, que c’est comme d’aller prospecter dans le Klundike en chaussures Prada que d’offrir ses services légaux dans les litiges à venir, qui ne finiront pas à surgir dans ce domaine.

Je tiens à préciser que la saga du bois-d’œuvre suivra d’assez prêt ma rencontre avec cette jeune femme énigmatique et que je ne reverrai plus celle-ci après cette soirée magique.

Encore aujourd’hui, je n’ai aucune ostie d’idée si la dame en question était bel et bien la filleule de PET, j’ignore ce que cette jeune femme est devenue et, honnêtement, je m’en contrecrisse.

Par contre, pour toi qui me lis toujours, tu dois te demander deux choses à ce moment de mes confessions d’hommes politiques de l’ombre :

1)      si j’ai inventé tout ce qui précède, mon récit est assez bien torché, non?

2)      si je n’ai PAS inventé un seul détail précis de ce qui précède, qu’est-ce que ça fait de moi?

Curieusement, à ces deux questions, je ne peux répondre. C’est pourtant mon histoire dont je parle. Mais, bizarrement, lorsqu’on me demande de dire qui est mon véritable père, celui qui m’a mis au monde, mon géniteur, même si j’aime bien dire la vérité de temps en temps quand ça m’arrange, je suis incapable de sortir un nom, une profession ou une nationalité précise.

Et c’est pour ça que je raconte mon histoire. Parce qu’elle ressemble comme deux gouttes d’eau à l’histoire de mon pays imaginaire qui ne veut pas naître. Parce qu’il est impossible de savoir d’où je viens et, encore pire, de savoir qui je suis ou bien où je vais puisqu’il me manque de l’information. Ce qui m’amène à vous avouer la raison principale de mon implication politique depuis le début : parce que je veux savoir qui VOUS êtes, ce dont vous êtes capables ou ce dont vous avez le goût parce que, moi, je ne le saurai jamais… probablement.

À suivre…

 

16 février 2012, minuit trente sept minutes pour le texte, 1 :08 am pour les hyperliens

 

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+ Ajouter le vôtre Commentaires 4

  • Claude Perrier 16 février 2012 · 10h09

    Puisqu’il serait ici question de «communication», Monsieur Boudrias, que vous-même mentionnez Marshall McLuhan (1911-1980), celui ayant lancé au début des années 1960 l’appréciation-choc à l’effet que «The medium is the message» (ou autrement dit que le «contenant» a préséance sur le «contenu»), je vous soumets une petite réflexion suite à la lecture de votre texte.

    En matière de communication écrite, j’ai toujours considéré que de rassembler ses idées préalablement à la rédaction, de d’abord veiller à synthétiser le tout avant de les livrer à l’appréciation de tiers, accorde à l’auteur le maximum possible de chances d’être lu – et peut-être également d’être un peu compris…

    Sinon, l’exercice se résume à tout simplement «écrire pour écrire».

    Avec pour prévisible conséquence fort peu de lecteurs.

    Le «contenant» que vous soumettez, malgré tout le temps que vous avez pu consacrer à le façonner, de par sa longueur et l’éparpillement dans les propos, ne saurait en bout de ligne qu’en faire reculer un grand nombre et aussi en inciter plusieurs autres à renoncer à lire la suite une fois la lecture entreprise. En somme, votre choix de «contenant» – le «message» – a de la sorte probablement tué le «contenu».

    En espérant ne pas vous avoir indûment indisposé, l’opinion que je vous présente s’appuie sur de nombreuses années d’expérience à avoir tenu des chroniques régulières dans diverses publications. À constamment chercher à prioritairement «écrire pour être lu».

    (N’hésitez pas à effacer ce commentaire si vous le désirez. Je ne vous en tiendrai pas rigueur, le cas échéant.)

    • Avatar
      Jean-Serge Baribeau 16 février 2012 · 16h11

      Claude Perrier, votre parole est d’or et non pas d’argent (comme le silence dans le proverbe un peu niais). Quant à Steve Boudrias, j’admire sa détermination. Il crie et hurle ce qu’il pense sans sombrer dans la «correctitude».

      Alors, mes salutations à Claude Perrier et Steve Boudrias.

      SINCÈREMENT!

      JSB

    • Claude Perrier 17 février 2012 · 06h24

      Merci Monsieur Baribeau!

    • le chasseur d'épais 19 février 2012 · 23h09

      claude! comme on se retrouve!

      comment peux-tu te permettre de donner des leçons à steve sur le thème «écrire pour être lu», alors que personne n’a jamais lu les « chroniques » que tu utilises pour prouver ta compétence en la matière?

      bon, j’exagère peut-être, mais on peut pas dire que ça générait beaucoup d’action, hein, ces petits clichés:

      http://me.voir.ca/claude-perrier/

      attention, je ne dis pas que tes billets sont complètement pourris; je n’en ai même pas lu un! je dis cependant que le bon steve ferait mieux d’ignorer les conseils en marketing d’un blogueur qui, après de nombreuses années dans l’obscurité, est encore dans l’obscurité.

      es-tu d’accord?

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Steve Boudrias

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