28 janvier 2012 13h28 · Steve Boudrias
La politique ou le charisme sont un don. Une forme de malédiction qu’on embrasse sur la bouche ou qu’on tire par les cheveux parce qu’on aime son destin.
Amor fati, comme dirait le grand moustachu allemand en latin.
La politique, on ne le rappellera jamais assez, est affaire de vocation familiale ou le fruit d’une certaine éducation.
Dès mon plus jeune âge, l’autonomie, le besoin de reprendre le contrôle express de ma vie ont été des moments-clés de mon existence.
Certains diront à ce moment-ci de leur lecture qu’il s’agit encore là d’un récit narcissique issu de la blogosphère.
Je répliquerai à ce commentaire légitime, à ce doute que je souhaite permanent chez ceux qui me lisent, que parler de soi est peut-être la meilleure manière de s’approcher de la vérité, SA vérité, si on le fait honnêtement.
Sans contrepartie financière, sans faux-fuyant, sans cacher le but de son message.
Mon message est simple. Il faut s’impliquer en politique traditionnelle plus que jamais auparavant.
Évidement, ce n’est pas d’un retraité du militantisme que l’on peut recevoir les meilleurs conseils mais la retraite politique, que plusieurs fuient à tort, doit bien avoir des mérites quelque part.
Je fêterai mes quarante ans cette année. Je les fêterai fort probablement sur un autre continent, à coup sûr dans un autre pays.
Tout mon parcours personnel me pousse à l’errance et mes origines impossibles à cerner m’obligent bien évidemment à parcourir le monde.
Certains voient la quarantaine comme le moment de tester son pouvoir de séduction auprès d’une autre femme, de plusieurs femmes chez certains hommes.
De mon côté, la séduction est devenu un jeu auquel je n’ai plus le goût de m’adonner.
J’ai la chance de vivre avec une femme jeune, vigoureuse et à l’esprit vif et aussi agile qu’un corps de femme peut l’être. Je n’en demandais pas tant à la vie depuis la disparition de mon premier amour de jeunesse.
Je prends la peine de démarrer de manière personnelle cette « confession » bien anodine dans les faits parce que je ne veux pas paraître aigre, colérique ou amer, cette fois-ci.
Je crois qu’il est important de pouvoir perdre son temps, autrement dit gagner de l’expérience dans un domaine, sans se sentir le moindrement amoindri par son investissement dans une cause.
Ma cause, à moi, a toujours été l’argent et la démocratie.
Issu d’une famille pauvre après avoir été rejeté d’un homme riche et colérique jusqu’à l’ignoble, l’impératif de l’argent à faire pour subsister est demeuré.
La peur de manquer d’honneur ou de dignité, par contre, n’a jamais été supplantée par celle de rester libre et pauvre.
Pauvre, par contre, n’a jamais signifier, à cause de l’éducation de ma mère adoptive et du quartier qui m’a accueilli durant mon enfance, vivre dans le misérabilisme ou me complaire dans une certaine condition ou classe sociale.
On ne choisit pas l’endroit dans lequel on arrive au monde mais on choisit le lieu de sa libération.
Né dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, j’ai toujours su que mon immersion totale en tant qu’individu complet se ferait dans l’Ouest de l’île de Montréal.
L’anglais de Westmount ou du West Island m’est toujours apparu comme un avantage sur le reste du monde ou du Canada qu’un inconvénient.
C’est donc sans surprise que je vous écris d’une petite banlieue dortoir aujourd’hui. Un endroit paisible au sein duquel on se souvient encore de nos racines françaises et royaliste.
Le territoire que j’occupe ou qui occupe mes temps libres est celui d’une ancienne seigneurie remplie d’histoires rocambolesques et exemplaires qui expliquent la reconfiguration du pouvoir économique dans la région.
Je pourrais en parler plus avant mais le but de mon intervention dans le débat politique actuel, mon grain de sel lancé dans le vide politique en train de se résorber au Québec n’a pas pour but de tracer des limites ou des bornes à notre éveil en tant que peuples de commerçants remplis de succès ou pas.
Mon propos est plus terre à terre. Loin des chiffres et des discours embourbés de la rhétorique. Une rhétorique inévitable en politique comme l’est l’hiver au pays.
Ce que je veux dire en passant par un très long détour c’est que la politique est une affaire de militants. C’est une pratique plus qu’une théorie, la politique.
Et les analystes devraient un peu moins s’attarder à l’image et au son pour mieux dévoiler les coulisses du pouvoir politique.
Mais ce pouvoir politique, en démocratie, il est issu de la masse, de la population régnante.
Or, le problème de nos analystes et journalistes politiques, ce n’est pas de discourir avec plus ou moins de verve et de pertinence sur le vrai monde ou les vrais enjeux de ce monde mais plutôt de parler aux gens directement, sans agenda caché, pour reprendre une autre expression consacrée de François Legault dernièrement.
L’agenda caché en politique est à la rhétorique ce que le jugement personne est au procès d’intentions. Inévitable mais totalement inutile pour convaincre l’abstentionniste ou l’indécis soit de voter ou de continuer à le faire correctement, c’est-à-dire dans son intérêt à lui.
Et c’est dans l’intérêt du vote que se cache le vice caché de la politique vécue de manière saine et progressive dans une société de consommation comme la nôtre.
Car dans l’intérêt particulier se cache le fameux électoralisme. Le bienheureux calcul électoral. Le débat de chiffres des stratèges politiques. Celui qui a donné le pouvoir à Stephen Harper, d’ailleurs, le deux mai 2011. Avec les résultats catastrophiques qu’on connaît depuis la mort de Jack Layton…
Cela dit, si j’identifie le calcul électoral comme un problème, je ne me contenterai pas de le nommer mais, aussi, je me permettrai de lui substituer une solution.
Une réponse que j’espère populaire et qui pourrait permettre d’échapper à la crise de nos institutions.
Issu d’un jeune homme qui a quand même pris soin de voter le plus souvent possible au cours des 21 dernières années, j’espère que ce billet politique permettra à des gens désillusionnés ou des jeunes et moins jeunes déroutés par la conduite de notre nation par nos derniers gouvernement libéraux et péquistes de trouver leur propre voix ou voie dans le « marasme » actuel, comme dirait un célèbre politicien du Québec.
Voyez-vous, au secondaire, à cause de mon profil très incliné, de mon dos vouté et de mon esprit assez vif en ce qui a trait à l’histoire et l’économie (surtout en ce qui a trait à l’impôt et la redistribution équitable du PIB), on m’a rapidement surnommé Bourassa. Probablement parce que j’avais des lunettes et que mon nom de famille rimait avec celle du plus jeune premier ministre que le Québec a porté au pouvoir.
D’ailleurs, c’est du comté même dont est sorti gagnant Gérald Godin ET Amir Khadir que Robert Bourassa à émerger comme étant l’un des plus phénoménal succès politique des années 1970.
Comme plusieurs, j’ai toujours été plus fasciné par la dualité Trudeau/Lévesque.
Trudeau, pour sa force de caractère et son amour de l’affrontement des idées. Le combattant politique mélangé au tribun romantique, à la tête du plus puissant parti politique du XXe siècle au Canada, c’est assez séduisant, non?
Mais j’ai annoncé dès le départ que la puissance de séduction ne m’attirait pas des masses.
Je ne suis pas né pour gagner un concours de popularité a toujours été mon mantra.
La phrase-clef par laquelle je restais zen, même au pire moment de naufrage ou d’adversité.
Autrement dit, je lui dois une bonne partie de ma résilience dans le domaine politique.
Ainsi, si Trudeau a été et est toujours un modèle pour moi, Lévesque me semble supérieur encore aujourd’hui mais d’un point de vue libéral, non péquiste.
Je m’explique.
Lévesque provient d’un lieu nommé de la Gaspésie. Un endroit qui lui a permis dès l’enfance d’avoir l’anglais comme langue seconde. Comme une autre corde à son arc.
On me dira, comme on me l’a déjà dit ICI, sur VOIR, que je suis davantage Steve que Boudrias en disant cela mais je m’en fous. Plaire est la DERNIERE de mes priorités personnelles et professionnelles.
Ce qui m’importe, c’est le combat et la victoire qui vient avec. La défaite, je laisse ça aux autres, comme on dit.
C’est une blague.
Je suis plutôt de l’école philosophique qui dit qu’il y a une manière de bien perdre en politique, et une autre de mal gagner.
Stephen Harper est l’exemple parfait de celui qui gagne mal. Harper est le principe même du lecteur de Machiavel qui n’a pas compris l’ensemble de l’enseignement du petit Nicolas.
Étant davantage de l’école de Montesquieu dans mon approche de l’esprit des lois, je ne me vois guère appuyer un ou l’autre des candidats actuels puisque je suis fondamentalement républicain dans mon approche de la politique québécoise et canadienne.
Pour moi, la constitution des États-Unis est la plus belle chose a avoir été pervertie par un pouvoir économique inconscient de sa folie des grandeurs.
Diviser pour régner.
On entend très souvent cette phrase que l’on croit à tort « machiavélique » ou « royale ».
Au contraire, combien d’alliances stratégiques et de paix impériales ont été obtenues par le jeu des mariages et des alliances alternatives aux liens du sang à travers les âges et les différents pouvoirs politiques appliqués par nos diverses civilisations occidentales? Un nombre incalculable tellement ils abondent!
Alors, pourquoi est-ce qu’on prétend que diviser pour régner est une bonne politique au Canada?
En fait, je crois que la leçon de Charlottetown n’a pas porté ses fruits. Je crois que le scandale Airbus est un arbre qui cache trop bien notre forêt constitutionnelle.
Autrement dit, on n’est pas sorti du bois, pour ceux qui voudraient nous faire croire que nous sommes loin d’avoir à replonger dans les débats entourant la question nationale.
Je crois plutôt que, au contraire, nous sommes à la veille d’y replonger comme jamais auparavant.
Car si auparavant nous faisions face à un renouvellement obligé du fédéralisme canadien, force est de constater que l’on ne peut pas nier, à moins d’être éditorialiste au Globe & Mail ou à The Gazette, que le mouvement souverainiste à tout fait en son pouvoir pour renouveler son discours et offrir une palette de couleurs et de saveurs bien plus attrayantes et diversifiées que ne l’a fait les différents partis fédéraux, NPD y compris.
Est-ce un hasard si le principal contingent de députés néophytes provient du Québec ET des rangs des NÉO-démocrates?
Je ne crois pas.
Le Québec, le Bas-Canada, la Nouvelle-France, ont toujours été des terreaux fertiles pour la rébellion tranquille mais indiscutable.
Aujourd’hui, il faudrait peut-être que le ROC commence à discuter de cette nouvelle révolution au Québec avant qu’il ne soit trop tard, d’après moi, car la CAQ n’arrivera pas à coller à l’histoire ou à la tradition politique historique du Québec sans avoir à faire passer les Québécois par le parcours sombre et peu fréquentables de l’Union Nationale.
Or, ni François Legault, ni sa relève politique ne se dirige dans ce sens-là publiquement. Ce serait du suicide, anyway.
Raison pour laquelle je crois que ce que Legault présente pour un avantage : les liens de certains adéquistes avec son actuel cabinet fantôme ne mènera pas bien loin.
Aussi loin que le recul dans les sondages subit après la fusion de la CAQ avec l’ADQ… Un passage soi-disant « obligé » qui n’a rien donné de concret.
Ni reconnaissance parlementaire en tant que groupe. Ni budget de recherche additionnel. Ni aucun gain concret dans les deux derniers sondages suivant l’opération de jumelage.
Alors, quoi?
Eh bien, l’ADQ, pour la CAQ, François Legault et les Québécois s’en apercevront bientôt est un cancer qui s’annonce pire que le mal que l’on dénonce, autrement dit le PLQ.
Voilà pourquoi j’ai choisi mon camp.
Est-ce que, en tant qu’ancien militant du PLC et de l’ADQ, je me sens à l’aise avec cette prise de position politique?
Oui, tout à fait, parce qu’il en va de la préservation d’une certaine vision de la démocratie développée au Québec depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Car ne nous leurrons pas. Sans le plus grand conflit du dernier siècle, ni le Québec ni le Canada ne pourraient afficher la vigueur et l’avancée technologique dont nous profitons tous.
Bref, nous pouvons dire merci à Dieu d’avoir mené notre barque jusqu’en Amérique et à Hitler d’avoir mis le feu à l’Europe pour notre plus grand profit.
Je sais, ça ne donne pas trop le goût d’être nationaliste ou de la ramener sur la grandeur et la force de développement du continent mais, que voulez-vous, c’est comme ça que je vois l’histoire de notre pays et continent.
Oui, je le dis souvent mais mieux vaut se répéter que se contredire : nous avons TOUTES les raisons au monde d’être humbles et reconnaissants pour avoir émergé du plus grand massacre industriel imaginé par l’être humain et être encore en vie démocratiquement ici.
Ça fait un peu juif comme discours, un peu bar-mitsvah du souvenir comme billet politique mais… peut-être est-ce que la politique n’a rien à VOIR avec mon propos, finalement.
Peut-être que la politique est ce qu’elle est et que rien de bon ne peut en sortir… Ou plutôt que tout ce qu’il y a de bon dans la vie est FORCER d’y entrer par devoir ou par conviction personnelle.
Voilà ce que mes professeurs de géographie, de formation personnelle et sociale, d’enseignement religieux, d’histoire du Québec et du monde m’ont appris.
Nous ne sommes pas les nombrils du monde. Nous ne sommes pas au centre des préoccupations du divin mais l’État-Providence demeure une invention aussi importante que le frigo et le grille-pain dans notre niveau de vie.
Mais, en ce qui a trait à notre condition de vie, Jack Layton en mourant aussi tragiquement au combat suivant le combat politique nous a laissé une trace que je reprends aujourd’hui parce que la mémoire n’est pas une question de goût et parce qu’il a été à l’origine d’une coalition importante qui s’est tenu dans le mauvais parlement.
Voilà ce que m’a appris mon parcours politique. C’est à la hauteur des hommes et des femmes qui la font et la défont qu’on peut juger de la pertinence ou non du combat et de l’implication politique.
Ceux qui choisissent de s’abstenir du combat ne méritent pas d’être traités de lâches ou de traîtres pour autant.
Ils méritent que ceux qui ont plus de force morale ou de temps libres à consacrer à un objectif noble prennent leur défense.
J’ai fait le choix d’être solidaire de ceux qui se battent pour le Québec depuis mes premières lettres envoyées aux journaux dans les années 1990. Je réitère cette solidarité aujourd’hui. À ceux qui se sentent concernés de s’en réjouir. À ceux qui ne comprennent jamais rien, même quand on leur parle un très bon français ou un anglais impeccable issu des meilleures collèges, allez vous faire VOIR chez les Grecs…