Tout ce que vous avez toujours voulu savoir de la guerre sans jamais vouloir y aller

19 août 2010 15h25 · Steve Boudrias

À propos l'article Voir Lebanon

 

INTRO circulaire Provigo

 

C'est l'histoire de ma vie sur ce site : condamné à écrire des commentaires sur des films qui me permettent par la suite de gagner des billets gratuits pour aller VOIR d'autres films qui me donneront inévitablement le goût d'écrire d'autres commentaires par la suite.

 

Un vrai cercle visqueux. Une véritable histoire de mécanique débordante de fluides glacial et huileux qui fait avancer un peu plus la machine à écrire que je suis devenu en voulant faire autre chose : parler de ce que j'aime ou n'aime pas lorsque j'entre en contact avec une patente quelconque.

 

Lebanon vs Das Boot

 

Cette fois, il s'agit d'un film racontant l'histoire de quatre paumés prisonniers d'une machine infernale qui ne veut pas exploser au milieu d'un pays dans lequel se croise le meilleur et le pire de l'humanité.

 

Un film de guerre comme on en a vu cent fois? Non. Loin de là.

 

Un film qui se compare aisément avec Das Boot, réalisé par Wolfgang Petersen et relatant la vie de sous-mariniers prisonniers de leur U-96 au cœur de la Seconde Guerre mondiale? Un peu, beaucoup, passionnément.

 

Si le réalisateur de « Lebanon » avait, tout comme Petersen, pour objectif d'atteindre le public en faisant vivre au spectateur un « périple jusqu'aux frontières de la folie humaine » afin de faire vraiment comprendre « ce à quoi sert la guerre », alors, oui, mission accomplie! D'ailleurs, la présence de plusieurs allemands dans le générique final me laisse croire que le rapprochement que je fais entre les deux films ne tient pas du hasard ou de la simple parenté « homme-machine » que les deux films démontrent avec éloquence sans trop souligner à gros traits le « message » à extraire de cette histoire invraisemblable précipitant une petite troupe de juifs de Tsahal dans les méandres du pays du cercueil en bois de cèdre.

 

Deux univers parallèles au Cinéma du Parc

 

Cela dit, le lien entre les deux films devient plus ténu à mesure que le film progresse.

 

Ainsi, alors que l'enfermement dans un sous-marin est plus profond et plus abyssal dans le film de Petersen qu'il peut l'être l'enfer dans lequel celui que Samuel Maoz nous présente, Das Boot et Lebanon ont surtout en commun de nous faire pénétrer un monde sans trop s'attarder sur le contexte de la guerre.

 

Et c'est tant mieux. Car là où Waltz with Bashir, réalisé par Ari Folman plonge dans le même conflit du début des années '80 pour essayer d'atteindre la racine du conflit pour en extraire le mal qui nous ronge en tant que bête humaine, le long-métrage de 90 minutes bien sonné vise, tire et atteint sa cible aussi efficacement qu'une bombe au phosphore. Il n'y a pas de rédemption par la guerre. Et la mémoire trempée dans le remord n'y pourra jamais rien. Point final.

 

Un jeune soldat est avant tout un homme qui a perdu le combat lui permettant de préserver ses libertés les plus fondamentales: liberté de mouvement, liberté d'association, liberté de religion, etc.

 

Barbara, barbarie la guerre – Prévert

 

Au delà de la politique, de la religion et de tout ce qui fait qu'un homme libre devient soudain le subordonné d'un autre ou l'animal de compagnie d'un plus sauvage ou plus puissamment armé que lui, Maoz frappe l'idée de puissance qui maquille la lâcheté, l'inconscience et la barbarie de toute forme de guerre.

 

Sans vraiment nous faire franchir la frontière entre le Bien et le Mal en nous faisant pénétrer le territoire déchiré du Liban de cette époque, Maoz se contente plutôt de nous faire faire une simple promenade au bout de la nuit. Pas un voyage, une promenade.

 

Parce que pour parler de voyage, il aurait fallu que Maoz explore davantage la folie, la mort et la maladie plus à fond.

 

Mais le but de ce film au titre qui traduit très bien l'énigme que représente le Liban pour l'État hébreu depuis la nuit des temps est atteint. Sans être circonscrit pour autant. Même l'art le plus raffiné ne peut comprendre ce que des milliers d'années de civilisation engloutie ont pris à enraciner dans un territoire pour ensuite le laisser sortir hors de terre jusqu'à ce qu'il se répandre comme le sel dans la mer. Mer rouge de sang. Mer noire de monde. Mère morte. Merde.

 

Oh, Hosana

Quelle connerie la guerre
Qu'es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d'acier de sang, mon frère
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant
Oh, Hosana
Il pleut sans cesse sur le Liban
Comme il pleuvait avant
Mais ce n'est plus pareil et tout est abîme
C'est une pluie de deuil terrible et desolée
Ce n'est même plus l'orage
De fer d'acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l'eau sur Beyrouth
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Beyrouth
Dont il ne devait rester rien

 

Mystère, croisade et rédemption au bout de la nuit des Temps

 

On sent que pour vaincre l'un de ses ennemis, Tsahal doit s'allier malgré lui à des puissances Phallangistes aux motifs plus obscurs que la raison pure et dure de l'armée israélienne.

 

Autrement dit, Lebanon démontre à quel point le fait de monter dans un tank, de rouler vers l'étranger avec pour devise "L'homme est d'acier, le tank n'est que ferraille" ne tient pas la route dans la pratique de la guerre sainte.

 

La brève croisade au bout de la nuit que représente Lebanon, en regard des événements plus récents faisant référence à un autre été plus sanglant et encore plus absurde, laisse présager que le fameux "jamais deux sans trois" est à prévoir, malheureusement.

 

Car la guerre est souvent cela: une espèce de recherche anthropologique menée avec des instruments de guerre chirurgicaux qui finissent par tuer le patient avant même que l'on puisse le sauver et lui redonner paix à son âme.

 

Quand le mâle alpha se pisse dessus dans une bécosse roulante

 

Et c'est ainsi que des hommes qui se considèrent comme des mâles alpha finissent par jouer aux soldats avec des sobriquets ridicules comme Cendrillon, Cornélia et autres Oiseaux sauvages pour désigner des réalités banales comme Commandant, Base et Avions. Comme dirait Simone de Beauvoir: l'homme est un enfant gonflé d'âge et d'orgueil qu'une maman n'arriverait plus à inciter à se laver en le grondant efficacement.

 

Quoi dire de plus que la guerre est un jeu dangereux lorsque celui-ci ne connaît pas de frontière. Que la frontière soit géographique importe peu dans ce film.

 

Ce qu'il y a de plus obscur encore tient au fait que cette guerre, contrairement à la guerre mondiale mise en scène de très près par Petersen, est d'une autre nature. Elle est spirituelle, morale et éthique.

 

Tous ces soldats qui doivent être enfermés dans de la féraille pour mieux camoufler leur peur. Tous ces hommes qui avancent devant des tanks pour démontrer qu'ils n'ont rien à perdre sur terre… Comment ne pas y VOIR la fameuse phrase prophétique de Nietzchse: "Quand tu regardes dans l'abîme, l'abîme regarde aussi en toi." ou si vous préférez: "Dieu est mort car nous l'avons tué."

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Steve Boudrias

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