Retour vers le futur du pétrole…

25 mars 2009 13h40 · Steve Boudrias

Inspiré à la fois par Steven Spielberg et son fameux "Back to the future" et le conseil donné par Georges Bernard Shaw (celui de lire les journaux un an en retard), je viens de jeter un coup d'oeil à un "vieil" article de Claude Picher de La Presse portant sur notre "dépendance au pétrole", au Québec.

Ainsi, lorsqu'on voyage virtuellement dans le temps comme le fameux personnage principal de "Retour vers le futur" et qu'on lit un article datant de près d'un an dans un quotidien national, on apprend beaucoup plus de choses sur le présent que lorsqu'on lit un article qui vient tout juste d'être pondu par un journaliste spécialisé.

Tout d'abord, prenons la nouvelle d'aujourd'hui, manufacturée par l'Agence France-Presse de Londres et distribuée par lapresseaffaire sur le site de Cyberpresse.ca :

http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/energie-et-ressources/200903/20/01-838647-le-petrole-a-gagne-pres-de-7-cette-semaine.php

Le pétrole a gagné près de 7 $ cette semaine

document.write(publicatioin_date("2009-03-20 13:16:03.000", "2009-03-20 13:17:00.000"));
Publié le 20 mars 2009 à 13h16 | Mis à jour le 20 mars 2009 à 13h17

 

On y apprend quoi ?  Une bonne nouvelle ?  Peut-être.  Tout dépendant qui lit la nouvelle.

"Les prix du pétrole terminent la semaine sur un gain de quelque 7 $ vendredi lors des échanges européens, dopés par un dollar affaibli et l'espoir que le marché va se resserrer grâce aux décisions de l' Organisation des pays exportateurs de pétrole.

Vers 13h, heure de Montréal, sur l'InterContinental Exchange de Londres, le Brent de la mer du Nord pour livraison en mai s'affichait en hausse de 19 cents à 50,86 $ US le baril.À New York, le baril de light sweet crude pour livraison en avril, dernier jour de cotation de ce contrat, perdait lui 4 cents à 51,57 $. Durant les échanges, le pétrole a grimpé jusqu'à 52,13 $, un plus haut depuis le 28 novembre." 

 

En lecteur consciencieux qui conduit une automobile, on note inutilement dans sa tête : 52.13 $ le baril, livraison en avril.

Inutilement parce que, peu importe la mémoire, le prix de l'essence à la pompe fluctue au mépris de la logique économique.  En fait, elle n'obéit qu'à UNE SEULE logique économique : la logique spéculative sur le marché boursier.  Et comme cette spéculation peut reposer sur des faits erronés, une rumeur d'acquisition non confirmée et toute autre loi interne au marché oligarchique du pétrole, eh bien, aussi bien dire que la logique, on s'en fout et qu'on va se contenter de payer le prix indiquer sur la pompe lorsqu'on sera rendu à la station service la plus proche.

 

«À moins que le déclin de la consommation ne soit plus sévère qu'on ne le prévoie, une baisse des stocks devrait s'amorcer au printemps et se poursuivre cet été», ajoutent ses experts.

 

Autrement dit, si vous n'êtes pas au chômage cet été, ça va coûter cher de "voyager au Québec" (en automobile)… et si l'économie va un peu mieux ou pas beaucoup plus mal, guess what ?, c'est pour cette raison que ça va coûter plus cher.

 

SUIVONS MAINTENANT LE CONSEIL DE SHAW

Allons lire maintenant un article qui date de pratiquement un an (le papier a été publié le 26 avril 2008).

http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/opinions/chroniques/200901/09/01-692590-la-dependance-petroliere-du-quebec.php

Sous la plume de Claude Picher, chroniqueur financier infatiguable de La Presse depuis des lunes, on peut lire que les Québécois sont très dépendants du pétrole et que son importation de pétrole (exprimé en dollars) indiquent un déficit commercial dans ses échanges.

"Entre 2003 et 2007, les exportations québécoises sont passées de 64 à 70 milliards.

C'est bien, mais c'est largement insuffisant pour compenser la hausse des importations qui, pendant la même période, ont bondi de 64 à 81 milliards (d'où le trou de 11 milliards, dont nous venons de parler).

Le pétrole brut est le premier produit d'importation du Québec, loin devant les automobiles."

 

À cette "époque révolue" où nous étions jeunes et fous et insouciants, souriant dans toutes les pubs d'institutions financières ; le prix du baril était de combien, dans ce "lointain" passé ?

Revenons à l'article du 26 avril 2008 – rappellons-le - pour le savoir :

"En 2007, le prix moyen du baril de pétrole se situait à 73$. Aujourd'hui, il est de 119$, et tous les experts s'entendent pour dire qu'il n'est pas près de redescendre."

 

Wow ! "aujourd'hui il est de 119 $" le baril et "tous les experts" sont d'accord pour dire que le prix n'est pas près de diminuer…  Oups !

Impressionnant, les experts…  Je ne parlerai pas du travail de journaliste expérimenté de Claude Picher, qui a sûrement dû VOIR neiger avant l'an dernier, mais on peut se poser des questions sur le ton catégorique de certaines formulations quand on a autant d'expérience des aléas reliés au domaine, non ?  Est-ce que le prix du pétrole oscillerait aussi rapidement que depuis quelques années seulement ?  Difficile à croire mais c'est possible puisque les transactions majeurs et les flux financiers se déplacent désormais à la vitesse de la lumière depuis peu… en fait, depuis 1997, dernier crasch boursier en date – et en 1997 on nous disait qu'une sévère correction boursière ne se reproduirait pas non plus.

Rappellez-vous, c'était huit ans seulement après la chute du (maudit) communisme et c'était encore le beau temps de "la fin de l'histoire" et du "capitalisme triomphant"…

 

LE CAPITALISME A VISAGE HUMAIN, c'est pour quand ?

Maintenant que l'éclatement de la bulle immobilière aux États-Unis a ENCORE déjoué les prédictions des experts financiers et que cette insouciance a encore précipité des centaines de milliers de personnes dans la dèche, qu'est-ce qu'on fait à part de racheter des créances merdiques ou torcher le cul des individus qui ont fait chauffer le marché au-delà du tolérable avec des deniers publics – seul trésor disponible et supposément inépuisable en temps de crise ?

Est-ce qu'on discute d'un capitalisme à visage humain ?  Est-ce qu'on essaie de prévoir des mécanisme d'investissement et de spéculation moins dépendants de nombreux régimes non-démocratiques dans le monde ?  Est-ce qu'on repense notre propension toujours plus grandissante pour l'énergie polluante ?  Est-ce qu'on considère sous un nouvel angle la manière dont on essaie de faire fructifier nos plans de retraite ou de pension au-delà du raisonnable et du supportable dans le reste du monde ?

Quelqu'un, quelque part, est-il en train de réfléchir à tout ça ?

Si on se fie au prochain rassemblement politique prévu en Europe autour de la restructuration du capitalisme mondial, qui se tiendra à Londres en avril, il semblerait qu'on y pense :

http://news.google.com/news?q=sommet+des+Chefs+d%E2%80%99Etat+et+de+gouvernement+du+G20+du+2+avril&hl=fr&lr=&um=1&ie=UTF-8&ei=033KSd6kDMSMtgeZ2tmWAw&sa=X&oi=news_result&resnum=1&ct=title

 

Le problème, c'est que ceux qui vont y penser pour nous serons les mêmes qui n'ont pas vu venir le ralentissement drastique de la croissance qu'on observe en ce moment partout dans le monde.  Et ce, malgré le fait que tous ces gens savaient et savent que les cycles économiques de croissance et de décroissance sont inévitables et bien désagréables…  Et ce, en sachant que ces pays sont responsables de 85 % de la production mondiale sans pour autant se demander si ce déséquilibre n'indique pas justement une injustice économique que cette crise devrait nous inciter à corriger – si la démocratie est encore une valeur exportable, bien entendu…

Dans Newsweek : "Le G20 doit revenir à la réalité"

NOUVELOBS.COM | 25.03.2009 | 09:47

Les divergences persistent entre les participants du G20. Les Etats-Unis ne veulent pas voir les Européens profiter indûment de leur plan de relance massif, ils poussent donc l’Union européenne à utiliser l’arme budgétaire à plus grande échelle

____

La chute du gouvernement tchèque embarrasse l’Union européenne

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Brown: aucun domaine ne doit échapper à la régulation financière

STRASBOURG (Parlement européen) – A une semaine du sommet du G20 à Londres, le Premier ministre britannique Gordon Brown a pris mardi des accents très pro-européens pour demander plus de régulation du système bancaire mondial, estimant qu'aucun pan ne devait désormais y échapper.

_________

 

Bref, c'est à suivre dans le prochain bulletin de nouvelles…

Et je suis curieux de savoir ce que diront les "experts" politiques des différentes résolutions concernant le FMI et la Banque Mondiale concernant la relance de l'économie mondiale et ce que les politiciens auront à dire du libre-échangisme en attendant que tout s'arrange…

Ou comme dirait Jean Charest, qu'est-ce qui se passera après la "tempête économique" du siècle ?  Business as usual jusqu'au prochain crash, probablement…

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