3 septembre 2011 10h48 · Michel Desmeules
Vendredi 17h30.
En tournant le coin de la rue chez moi, quatre voitures de police attirent mon attention. Les policiers en conciliabule, portant élégamment leurs vestes antiballes, laissent croire qu'une intervention plutôt "musclée" est imminente. Je jette un coup d'oeil furtif à la cour extérieure du "bloc des malfrats", celui que tout le monde voudrait bien vouloir disparaître, mais l'activité y est normale; ils sont tous dehors en train de remonter une automobile en plein coeur d'un quartier résidentiel….
Samedi 09h00.
J'ai su ce matin à la une, qu'il s'agissait d'un homme suicidaire barricadé chez lui, à deux ou trois maisons du bloc. L'homme s'est rendu en pleurs aux policiers lourdement carapacés, qui ont fait preuve d'une évidente compréhension face au désespoir de ce triste sire. Malheureusement les choses vont continuer à se détériorer! Il y a quelques mois, deux agents des "stup" sont passés à la maison pour nous demander la permission de stationner dans notre cour la nuit. Ils devaient opérer une surveillance de nos voisins du bloc, qui profitent de la nuit pour commettre de petits larcins dans le voisinage, afin de se procurer la dope qui leur fera oublier qu'ils sont des voleurs… Ils nous ont vanté le manque de collaboration des voisins tout proches, qui préfèrent refuser de voir et de dire, par peur de représailles. C'est comme ça que les ghettos prennent forment et que la misère se tisse. Plus on laisse de la place à la violence et à la misère, plus nous sentons notre impuissance à les combattre.
Ce matin, confortablement installé dans la quiétude de mon balcon, je contemplais les pommes légèrement rougies qui se balançaient au gré du vent, sur les branches les plus hautes de l'arbre. Le spectacle en valait la peine, pour quiconque étant capable de s'arrêter et de se laisser porter par cette leçon de vie toute simple. La contemplation et l'émerveillement sont les meilleurs antidotes au désespoir, parce qu'ils permettent de se situer instantanément dans le moment présent. Croyez-moi messieurs du bloc, sentir ses pieds nus sur le gazon chaud du matin, vaut bien mieux que la meilleure des dope.
Vous me croyez moralisateur? Vous avez raison, pour une fois!