17 août 2011 20h14 · Michel Desmeules
J'ai écrit de Biutiful (Biutiful-Saisir la beauté de l'ombre sur Solidmonolith) qu'on ne pouvait pas vraiment s'attendrir devant ce film, qu'il fallait se contenter de le ressentir. (Je m'y suis même pris à deux fois afin que ce texte puisse être publié sur Voir. M'enfin!)
Il est vrai que la misère réelle, celle de tous les jours sur la rue, est plus saisissante. On n'a qu'à s'y promener pour constater l'ampleur des dégâts causés par la désinstitutionnalisation, la pauvreté chronique, la déficience culturelle et l'errance.
La seule façon pour moi de ne pas me placer au dessus en juge méprisant, est de laisser couler mes petits malheurs quotidiens dans ce magma universel et de ne jamais fermer la porte à toute forme de compassion, ainsi qu'au respect de tout ce qui a un coeur qui bat.
Mais au delà de l'étanche utopie d'une telle profession de foi, mon esprit doit se battre contre des conditionnements et d'énormes préjugés. Je dois rappeler à l'ordre constamment cet intellect tordu qui, même s'il croit à la responsabilisation de l'individu par l'individu, a tendance à catégoriser les malheureux comme des victimes; la solution facile pour se donner bonne conscience.
Comment rester insensible aux enfants qui arrivent à l'école sans avoir déjeûner, tout en sachant très bien qu'il est plus facile de donner à manger en organisant des levées de fonds de toute sorte, plutôt que d'aider les parents qui sont la source du problème? Mais je suis convaincu qu'il y a aussi de l'excellent travail fait dans ce sens.
Le film d'Innaritu suppose que de se battre même quand l'espoir semble des plus minces, est la seule façon de continuer à vivre dans un quotidien, fusse-t-il farci de malheurs et envahi par le doute. En fait, il questionne plutôt l'existence du malheur, en mettant au premier plan le mal de vivre et les souffrances commes déterminismes, comme étant des routes menant à l'autodestruction. Le malheur vient toujours de l'intérieur…
La vie est mouvement, un élan vers l'avant qui favorise l'épanouissement de l'être. La souffrance est stagnation, une empêcheuse de tourner en rond et d'avancer tout droit. Seule la conscience que tout ce qui bouge autour de vous est animé de la même flamme, du même désir de sentir un bonheur intense, peut faire la différence sur l'exubérance de votre force vitale.
Biutiful m'a fait prendre conscience de mon petit bonheur parce qu'il étale une certaine beauté de l'ombre; pas nécessairement dans l'espoir qu'il affiche, mais encore une fois par la capacité de ces gens qui en arrachent, à se projeter dans des rêves aussi irréalisables que merveilleux.