12 août 2011 11h16 · Michel Desmeules
On apprend vite dans ce bas monde, que toute chose a sa contrepartie. Le yin et le yan, Adam et Ève, le gin et le tonic, les riches et les pauvres. Mais les mouvements et soubresauts qui agrémentent l'étrange sarabande dressant une ligne entre le bien et le mal sont tellement tiraillés, que le lent retour du balancier nous fait craindre de vivre dans une ère plus difficile qu'on ne le croit.
Prenons pour exemple les émeutes en Grande-Bretagne. Il y a effectivement eu un déclencheur, bien que l'on attribue toute cette casse à la mort de ce jeune homme. Ensuite la pauvreté a le dos large, et le gouvernement responsable de cette pauvreté, et bientôt ce seront les riches qui seront responsables de la pauvreté ou plutôt de l'écart de richesse entre les classes. Mais au final, il ya toujours eu des classes, des riches et pauvres, des gouvernements imbéciles et des individus lents à se responsabiliser, sauf quand une vitrine est cassée et qu'un écran HD vous fait un large sourire.
(Malheureusement, un écran plat est plutôt difficile à déménager en pleine rue, ce qui me fait dire qu'il faut être, encore une fois, deux pour danser le tango!)
La plupart des philosophes refusent de voir une crise plus grande qu'elle ne l'est en réalité. Pour eux ce sont des casseurs, toujours les mêmes, ceux qui profitent de la brèche pour s'introduire dans la danse et dériver l'attention médiatique, tout en profitant du chaos pour accomplir leurs actes criminels. Sans trop pencher vers la droite, (que je pourrais qualifier de droite bien penchante) j'aurais tendance à tirer la même conclusion, renvoyant la responsabilité à cette foule de casseurs, tristes victimes d'un système qui ne leur laisse pas de place, dont la seule issue est de provoquer une répression encore plus forte afin d'être confortés dans leur quête de victimisation. Comme cercle vicieux, rarement vu autant d'efficacité!
Mais voilà où se termine mon penchant de droite, dans un merveilleux effet sling shot, digne du plus complice et vaporeux des tangos. Chaque individu a la responsabilité de vivre sa danse intérieure et de refaire les mouvements jusqu'à une maturation plus grande, ainsi qu'une maîtrise de la chorégraphie et des gestes menant au sentiment d'exultation, celui qui donne l'impression d'avoir vraiment le contrôle de sa vie. Ce n'est pas parce que l'on tombe dans l'eau, qu'on devient l'eau.
Astor Piazzolla a sauvé le tango argentin de l'oubli. Il a composé Adios Nonino ( si vous avez la chance d'écouter cette pièce, faites-le!) lors du décès de son père; un tango symphonique d'une rare émotion, une fresque musicale sur fond de musique nationale. Il a eu bien sûr ses détracteurs; compositeur et intellectuel, il devait sûrement être considéré comme trop loin du peuple; un peu comme si Mes Aïeux roulait en limousine et déclarait que le folklore n'est qu'une bizness, un abri fiscal qu'il faut exploiter.
Piazzolla a continué son travail et l'ensemble de la population s'est rendue à l'évidence que la renaissance de leur musique fortement identitaire, venait vraiment du génie de cet homme au coaur généreux et au bandonéon savoureux. Samedi soir, je vais écouter Romulo Larrea rendre un hommage in vivo à cet homme, disons un peu magicien de la contrepartie….
Je vous en reparle.