Un dimanche au fromage en grains

4 août 2011 18h44 · Michel Desmeules

Je suis le prince de la philosophie de l'absurde. Tous les gestes quotidiens délibérés qui procurent du plaisir naïf aux gens nantis d'une attitude à suivre le troupeau, finit tellement par me tomber sur les nerfs, que seule l'expression qui caractérise ce dimanche, déclenche en moi une ironie insoupçonnée.

Dans son infinie imprévisibilité, la vie nous promène au coeur d'aventures tellement ironiques qu'elles en deviennent banales. Imaginez seulement l'histoire du policier qui après son quart de travail décide de s'arrêter sur le bord de la route à la vue de cette fille qui fait trois pas dans une direction et trois pas dans l'autre, pour finalement se rendre compte qu'il s'agit là d'une agente double chargée de faire la guerre aux solliciteurs. Le plus beau de l'histoire c'est qu'il pourra s'en tirer avec son badge….

Après les lead-to-bed-stories de mon fils, je tombe sur Les Anges de la Rénovation et leur multitude de drapeaux américains, qui s'évertuent à faire pleurer un soldat fraîchement de retour d'Afghanistan, en lui présentant la maison de ses rêves; je suis persuadé que depuis le départ pour sa mission, n'importe quelle maison dans ses rêves aurait fait l'affaire? Est-il au moins encore capable de rêver?

Chaque région réclame la paternité du fromage en grains. Comme chaque région réclame aussi celle de la poutine. Mais si nous faisons abstraction de la chronologie gastronomique, il serait plutôt difficile de qualifier chaque microcosme de chauvin. On peut bien se targuer d'avoir le meilleur fromage, comme d'avoir les meilleurs artistes, quand on les exporte trop facilement, on passe le reste de sa vie à se demander pourquoi ils ne reviennent jamais et pourquoi les autres continuent de prétendre qu'ils sont les meilleurs avec nos meilleurs…(?)

Je m'en voudrais d'être offensant, mais je trouve que les hommes de 50-60 ans de ma région sont particulièrement colons, arrogants et insignifiants. Faisant statistiquement parti de ce groupe d'âge, je peux avouer que le jugement de valeur est plutôt large et rapide. Mais il est vrai qu'il existe une constante dans tous les hommes que j'ai croisés qui frôlent la cinquantaine; ils sont souvent seuls, ont une attitude cavalière envers les femmes et sont totalement dépourvus de culture, même s'ils tentent déséepérement de prouver le contraire. L'ironie? C'est que je n'ai pas l'impression d'appartenir à cette génération d'hommes désoeuvrés, errants, solitaires et esseulés. Mais comme le bonheur réside souvent dans les choses simples, je suis probablement aussi aveugle qu'ironique.

Chaque jour, au quotidien qui réussit à me damner, je m'efforce d'établir un contact visuel avec un être humain, dans le simple but d'être connecté à la réalité d'être vivant. Je me fais une raison d'honneur de scanner la douleur de mes semblables pour prendre contact avec la mienne et finalement mieux m'en libérer. Je n'ai senti aucune douleur de la vivaracha senorita cet après-midi; au contraire une douceur qui m'enrage, un bonheur auquel je n'aurai jamais accès… Sorry CC!

Je vais vous avouer honnêtement que je n'aime pas porter des jugements sur mes congénères, fussent-ils d'adoption, mais quand les ras-le-bol se fait sentir, mentir n'est plus une excuse; au pire une nécessité. Pour être franc, le fromage en grains du Saguenay n'est pas le meilleur, n'en déplaise aux puristes et aux publicitaires, mais celui des autres régions n'est pas meilleur non plus. Tout ça n'est que le reflet de la peur de disparaître, celle qui conduit directement à la suradaptation et au rehaussement de l'estime de soi, dans une vaine tentative d'écraser l'autre au passage sans trop lui faire mal!

 

 

 

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