2 mars 2010 16h49 · Michel Desmeules
Aussi imprévisible qu'un coup de spleen, aussi délétère que la tristesse après l'amour.
La nostalgie prend des formes insoupçonnées. Elle prend souvent naissance par la combinaison de deux éléments artistiques; la musique et le cinéma en sont deux beaux exemples.
J'adore les longues ballades en auto les soirs de pluie d'automne, où j'écoute Bleu Silence de Lorraine Desmarais, Köln Concert de Keith Jarret et plusieurs autres mélancolies pianistiques qui se jumellent parfaitement à mon sentiment nostalgique. J'ai aussi découvert Baptiste Trottignon dont le piano très urbain et le jeu peu commun, questionne et transmet des images de nostalgie jazzée.
Quand l'ennui des amis ou des amoureuses envolées se fait sentir, je me connecte à la désolation un peu blasée de Rick Deckard (Harrison Ford) dans Blade Runner. Un verre de scotch, une ambiance feutrée et l'appareil réagissant à la commande vocale, pour agrandir la photo de Rachel qui est disparue. Je n'ai qu'à écouter le Love Theme du film, composé par Vangelis, pour me replonger à volonté dans le spleen futuriste de Los Angeles de 2019. Ça fait quand même du bien de se connecter à la peine des autres, de vivre des vieilles douleurs par procuration.
Le livre nostalgique par excellence est sans doute Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez, un univers complètement halluciné où les tapis volants sont de retour et où la tristesse dans le regard devient légendaire. Au moment où l'action du livre se déroule pendant un déluge, je me souviens du mois d'avril où il a plu durant 26 jours, alors que je dévorais le roman. La coïncidence était désarmante de similitude.
Toute cette nostalgie, tout ce vécu douloureux et les émotions s'y rattachant qui refont surface, nous donnent le sentiment d'être profondément humains, sans pour autant sombrer dans le remord et la mélancolie. La nostalgie permet à nos peines de devenir sagesse, surtout si elles sont ramenées à la surface par des images artistiques qui guérissent l'âme, dans l'impression très forte de se sentir vivant à ce moment précis, tout en voyageant dans le passé…