Monsieur Lazhar… on se croise les doigts pour les Oscars!!

28 octobre 2011 22h47 · Shirley Noël

À propos l'article Voir Au revoir, les enfants

Mes attentes envers ce film étaient énormes. Et bien, je peux dire que j’ai été comblée. Ce film, qui raconte l’arrivée de Bashir Lazhar, un immigrant algérien, dans une classe du primaire, pour remplacer l’enseignante qui vient de mourir de manière tragique, alors qu’il nage lui-même en pleine tragédie personnelle, est d’une justesse, d’une fragilité, d’une tendresse et d’une sensibilité extraordinaire. À plusieurs occasions, le film nous arrache des larmes. 

Au fil des jours, Bashir Lazhar apprend peu à peu à connaître des enfants attachants, malgré l’important fossé culturel entre sa classe et lui. Et il les aidera à confronter la mort et à en parler pour se libérer. Pendant que le groupe amorce un long processus de guérison, personne à l’école ne soupçonne le passé douloureux de Bashir, qui risque l’expulsion du pays à tout moment. 

Ce film a été adapté de la pièce de théâtre Bashir Lazhar, d’Évelyne de la Chenelière. Contrairement à la pièce, où il n’y a qu’un seul personnage soit Bashir Lazhar, Philippe Falardeau s’est attardé à créer une panoplie de personnages crédibles, humains, sensibles et vrais. Évelyne Dela Chenelière interprète un petit rôle dans le film, celui de la mère d’Alice. 

Les thèmes abordés dans ce film ne sont pas de tout repos. Cela traite de la réalité algérienne, de la situation des immigrants et des réfugiés, ce qu’ils doivent subir pour avoir l’asile politique au Canada. En plus, il aborde le sujet délicat du suicide, mais aussi de méthodes pédagogiques actuelles et le choc culturel avec les méthodes d’enseignement de Bashir. Pourtant, ce film ne donne pas de leçon. On doit plutôt le voir comme une fable humaniste engagée. Au sortir de la salle, bien des questions nous ont été posées par ce film, à nous maintenant d’en tirer nos propres conclusions et de faire notre propre cheminement. 

Au niveau de la distribution, on retrouve l’acteur et humoriste franco-algérien Fellag qui est à mon avis, le meilleur choix pour ce rôle. Étant peu connu de nous québécois, et du fait qu’il est de descendance algérienne, on adopte aisément ce personnage et on y croit littéralement. Fellag joue avec finesse, avec une sensibilité, un humour subtil et un dévouement total pour ses élèves. Tout à coup, on voudrait l’avoir déjà eu comme enseignant nous-mêmes.  Il nous émeut de le voir se débattre dans les nouveaux concepts d’enseignements. Il nous touche quand il réussit à faire parler ses élèves de ce qui les préoccupe. Il enseigne la tendresse, le courage, la justice, le droit… et l’orthographe. Une ode tout en douceur et en humour au courage et à la survie. 

En plus de cet enseignant, on découvre de jeunes talents fabuleux, dans le rôle des élèves. Sophie Nélisse et Émilien Néron, pour ne nommer qu’eux, sont criants de vérité, de simplicité et de maturité. Ils nous émeuvent tout autant que Bashir et il nous faut une bonne dose de mouchoirs pour passer à travers ce magnifique film. 

Pour ajouter à l’ambiance, Martin Léon a créé une musique originale tendre et délicate, majoritairement au piano, qui vient embellir le propos, attendrir les moments difficiles, accentuer les émotions ressenties, sans qu’on s’en aperçoive. Encore une fois, la musique joue un rôle prédominant dans le film, de même que les images, des moments captés sur le vif, dans la vie d’une école, qui nous font nous attacher encore plus à ces personnages et croire en leur existence et en leur combat. 

À mon avis, c’est le film tout indiqué pour représenter le Canada à la cérémonie des Oscars pour le meilleur film en langue étrangère. On se croise les doigts !

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