15 juillet 2011 19h32 · Shirley Noël
À propos l'article Voir Tempête (La)
Dans cet amphithéâtre de 500 places, Robert Lepage a vu en ce lieu naturel l’endroit de prédilection pour produire cette Tempête de Shakespeare, allégorie fantastique de la rencontre entre l’ancien et le Nouveau Monde, avec l’histoire de Prospéro et de sa fille Miranda échoués sur une île dont ils s’approprient les terres et ses habitants. Je suis complètement d’accord que ce théâtre en plein air, au milieu d’une forêt est l’endroit par excellence pour un tel évènement unique en son genre. J’y ai reconnu la signature de Robert et de Ex Machina, alliant, danse, acrobaties, théâtre, art du cirque, légendes, projections vidéos et des décors qui se transforment pour les besoins de la pièce. Encore une fois, une grandiose production que j’ai bien appréciée.
Tout d’abord, cette forêt est magnifique à voir, avec un jeu de lumière très finement élaboré, elle devient magique. Elle s’illumine tantôt en rouge et bleu, parfois en mauve, créant ainsi un effet de profondeur et une illusion de fantastiques. La scène avant, quant à elle, est rond et avec une élévation en arrière permettant de simuler une butte, et avec cette dénivellation, la projection de séquences vidéos sur son flanc et sur le plancher fait apparaître des décors en 3D pour transporter le public dans un bateau, sur la plage au bord de la mer, où les vagues lèchent les pieds, ou au beau milieu de la forêt. L’effet engendré est sublime et la dénivellation est brillamment utilisée.
Pour tout autre décor, ce sont seulement quelques buches, tronc et baril, qui sont utilisés. Également, en arrière-scène, 3 gigantesques poteaux servent aux acrobates. Au sol, il y a un mécanisme qui permet de faire jaillir du feu aux moments opportuns, une belle initiative de Robert Lepage et son équipe.
Bien que la scène semble petite, il faut savoir que le spectacle ne se restreint pas à cette scène. La forêt au complet est mise à contribution. Par exemple, au début du spectacle, une histoire nous est contée sur la scène, pendant que derrière, à l’orée du bois, on voit se dérouler l’histoire racontée. C’est de toute beauté.
Au niveau de la distribution, on a Jean Guy, dans le rôle de Prospéro, qui campe ce personnage avec beaucoup de prestance et de véracité. On peut remercier Robert Lepage d’avoir réussi à convaincre ce brillant comédien de sortir de sa retraite pour ce rôle.
Chantal Dupuis que l’on verra au Trident la saison prochaine dans Thérèse et Pierrette à l’école des Saint-Anges et à la Bordée dans le Misanthrope de Molière, nous démontre une Miranda douce, soumise à son père et d’une grande pureté.
Kathia Rock, telle une vraie fée clochette, virevolte dans les airs et de sa douce voix aigüe nous entonne de belles mélodies. Marco Poulin, lui, reprend son rôle de Caliban, l’esclave de tous et chacun, qu’il a interprété en 1998. Un habitué d’Ex Machina, il livre une performance physique et musclée tout en jouant de façon très émouvante. On s’y attache et il nous fait même rire à l’occasion.
Normand Bissonnette et Frédérick Bouffard jouent Gonsalve et Antonio. Tous deux, de grands acteurs ayant joué soit pour Robert Lepage ou dans plusieurs théâtres de Québec, démontrent un talent dramatique remarquable et ils interprètent leurs personnages avec beaucoup de grâce, de fierté comme les vrais seigneurs qu’ils incarnent.
À l’opposé de ces deux grands acolytes du Roi, Nicolas Létourneau (bien connu des théâtres de Québec, comme avec le Diner de Cons) ainsi que Jean-François Faber (un illustre professionnel de cirque qui a participé aux Chemins invisibles en 2009) se donnent la réplique comique et amènent une fraicheur et une franche rigolade dans ce spectacle, dans les rôles de Stephano le sommelier un peu saoul et Étranglé, le bouffon du roi. Avec Caliban, ils forment un trio digne des Trois Stooges. Jean-François nous surprend et nous épate par ses culbutes, tel un chat qui retombe toujours sur ses pattes, ou sur le ventre, ou sur les fesses… Nicolas, nous permet de nous bidonner par ses répliques et son talent marqué pour la comédie.
Finalement, la troupe Sandokwa (signifie l’aigle en Huron-Wendat) nous transporte dans un univers autochtone avec de beaux mouvements de danse qui créent une belle féérie à ce spectacle. Cette troupe est dirigée par Steeve Wadohandik Gros-Louis qui danse à merveille avec beaucoup d’énergie. Cependant, Steeve incarne également le Roi Alphonse dans la pièce et à mon avis, c’est une erreur de faire jouer des rôles par des non-comédiens. Étant donné que ce sont tous des acteurs d’énorme talent, qui l’entourent, le jeu de Steeve, qui manque de senti et d’émotion, détonne avec le jeu des autres acteurs. Ceci est encore plus vrai pour Francis Roberge, un véritable athlète et diplômé de l’école du cirque, qui manie la hache avec brio et a un talent marqué pour l’acrobatie, mais son jeu très inégal et peu convaincant dans le rôle du fils du Roi, rend la romance entre lui et Miranda très peu crédible. C’est malheureux d’avoir choisi ces deux personnes dont le talent premier n’est pas l’interprétation théâtrale, car pour moi, cela m’a fait souvent l’effet d’une douche froide me faisant décrocher de l’histoire, de voir leur jeu si peu convaincant. Cela est dommage, car on a tendance alors à oublier combien cette pièce est magnifique avec ce décor naturel enchanteur et fabuleux.
À mon avis, cette pièce devrait être reprise annuellement (mais en modifiant un peu la distribution pour rendre le jeu des acteurs moins inégal), comme le moulin à Images et les chemins invisibles, pour permettre aux touristes et aux gens de Québec et des alentours de s’aventurer jusqu’à Wendake pour découvrir ce spectacle et ce village Huron très attirant. Un endroit très intéressant à visiter pour en connaître plus sur ces gens et aussi se promener dans des sentiers pédestres près de la rivière.
Je me dois de souligner le travail splendide du personnel d’accueil à l’amphithéâtre. Des jeunes gens souriants qui ont bien gentiment répondu à nos questions, pendant que nous attendions pour entrer dans l’amphithéâtre. De plus, ils ont mis à la disposition des gens qui arrivent tôt, des chaises pour ne pas attendre debout. C’est une belle attention très appréciée. Finalement, ils nous ont fourni à chacun un coussin (un peu trop mince à mon goût) pour s’asseoir, car les banquettes n’ont, pour la plupart, pas de dossier et nous sommes assis sur du bois assez dur. Je suggère à quiconque de s’apporter un coussin de la maison. Aussi, en cas d’annulation en raison d’orage (ce qui m’est arrivé quand j’y suis allée), il est possible de faire échanger son billet pour une autre journée (ce que j’ai fait).