Martin Genest réinvente l’expérience théâtrale pour le public!

7 mars 2010 21h06 · Shirley Noël

À propos l'article Voir Octobre 70

 Encore une fois, Martin Genest, qui a adapté et mis en
scène cette pièce, propose aux spectateurs d’entrer en contact direct
avec ce qui se passe sur scène, comme il l’a fait en 2005 avec Festen,
où le public prenait place à table avec les acteurs. Cette fois-ci,
toujours pour permettre la communion entre le spectateur et l’acteur et
offrir au public la sensation de faire partie intégrante de l’action
qui se déroule, le scénographe Jean Hazel (et
directeur artistique du Théâtre Blanc) et le metteur en scène ont
con­çu à la Caserne Dalhousie une structure de trois niveaux d'estrades
à des hauteurs de 2 mètres, 3,5 mètres et 5,5 mètres, avec une vue en
plongée, où les spectateurs sont assis (ou debout s’ils le veulent)
tout autour de la scène, surplombant l'action. À chacun de ces niveaux,
il y a une façon différente de voir la pièce. Assise moi-même au
deuxième étage, j’ai eu l’impression d’être installée au grenier en
train d’épier ce qui se passait plus bas. Le public devient rapidement
juge de la situation, en étant témoin de ce huis clos percutant qui se
déroule sous ses yeux. Chacun peut alors se demander comment il
réagirait à leurs places.

De plus, le fait de regarder de haut, le
public n’a pas accès régulièrement aux visages des acteurs. Il s’agit
donc pour les interprètes d’un défi supplémentaire de jouer avec un
public qui ne les voit pas sous un même angle. Ces acteurs, qui
demeurent tous sur scène durant presque la totalité de la pièce,
réussissent à merveille à nous décharger leurs émotions, par leurs
gestuelles et leurs intonations. Nous assistons à leurs déchirements,
leurs espoirs, leurs convictions qui sont mis à rudes épreuves. On
perçoit leurs doutes, leurs entêtements à poursuivre leur mandat et
surtout leur panique et l’angoisse qui s’emparent d’eux à mesure que la
situation tourne à leur désavantage. Vincent Champoux
dans le rôle de Pierre Laporte démontre son immense talent d’acteur,
avec peu de mots, laissant son corps parler pour lui. Tandis que Lucien Ratio
qui interprète Bernard Lortie révèle peu à peu sa sensibilité face à la
victime et son doute face au projet avec une grande aisance. Éric Leblanc, Louis-Olivier Mauffette et Renaud Paradis laissent paraître eux aussi une grande maîtrise de leur jeu.

Au niveau sonore, il y a la radio qui cohabite avec les 5 hommes, en
trame de fond et parfois plus forts, pour relater constamment
l’avancement des évènements et des discussions. À l’occasion, quelques
sons retentissants viennent s’ajouter aux moments de paniques et de
stress. Tout ceci permet aux spectateurs de demeurer au cœur du vertige
de ces cinq personnages.

Les
arts visuels également sont mis à contribution pour renforcer
l’environnement scénique. À plusieurs reprises, des images sont
projetées sur le plancher afin de renforcer une situation. Par exemple,
il y a deux moments qui se passent à l’extérieur de la maison, et l’on
représente de façon prodigieuse une station de métro, puis une
promenade en auto. Ces situations sont, à mon avis, mieux appréciées
par ceux assis au deuxième ou troisième étage. Également, d’autres
images apparaissent pour créer des instants surréalistes ayant pour but
d’augmenter l’effet de panique ou de rêverie. Il y a similairement la
collaboration d’un éclairage qui illumine les pièces de la maison juste
assez pour donner une impression de lourdeur, d’attente, de suspense.

En bref, on peut dire que Martin Genest réinvente l’expérience
théâtrale pour le public! Un plongeon vertigineux dans notre souvenir
collectif de la crise d’Octobre ! 

 

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