25 février 2010 7h52 · Shirley Noël
À propos l'article Voir Oscar et la dame rose
Éric-Emmanuel Schmitt nous transporte dans un univers à mi-chemin entre le conte fabuleux et la bande dessinée. Il y a une minutie dans la représentation des détails. Par exemple, chaque jour, Oscar écrit une lettre à Dieu sur un papier de couleur différente. Cette lettre est envoyée par ballon vers le ciel. Or chaque jour la couleur de la lettre et celle du ballon sont différentes et les vêtements et accessoires dans le film sont agencés dans les mêmes teintes. Ainsi, le premier jour le ballon est vert et la lettre est rose, le deuxième jour c’est le jaune et le bleu qui sont à l’honneur. Le jour de Noël, on a doit au vert et rouge. Ces petits détails créent une ambiance et donnent de l’éclat qui contraste bien avec les couloirs gris et les sarraus bleu pâle de l’hôpital.
De plus, les prises de vues dans les diverses scènes sont à couper le souffle. Que ce soit lorsque l’hiver tourne au printemps, lorsqu’Oscar sent que Dieu vient le visiter, ou bien quand les fantômes semblent prendre d’assauts le sommeil des malades, on a droit à une merveille cinématographique, une belle imagerie du rêve. Et certains procédés comme les images floues, les gros plans, les jeux de lumière, permettent de bien mettre en valeur et de donner une autre dimension aux émotions ressenties par les divers personnages. La musique de Michel Legrand vient également amplifier les moments tragiques, paisibles, féériques ou explosifs, selon le besoin.
Au niveau des sentiments, les spectateurs passent par un l’arc-en-ciel d’émotions. Les répliques de la dame Rose (Michèle Laroque) déclenchent le rire par son ton bourru et pince-sans-rire. Elle n’y va pas par quatre chemins et ne se gêne pas pour dire ce qu’elle pense. Une performance magistrale de cette grande dame du cinéma français. Les matchs de lutte eux, qui ressemblent plus à des numéros de cirque, avec un Benoit Brière en pleine forme comme arbitre dans l’arène, transporte le public dans un monde imaginaire où tout est possible et se termine bien. Naturellement, cette mort annoncée et ce petit gamin chétif, mais lucide nous émeut grandement. La complicité entre Oscar (Amir) et Rose (Michèle Laroque) est la plus grande force de ce film. Oscar parle sans détour de ses maux, de sa mort, tandis que les adultes autour, tentent d’éviter le sujet douloureux. Rose pour sa part, est comme une rose avec ses épines. Elle ne se laisse approcher par personne de peur de développer des sentiments pour eux. Au contact d’Oscar, elle réapprend à vivre et à aimer, tandis que lui apprendra à accepter sa mort et à vivre pleinement sa vie éphémère qui s'achève.
Il y a aussi les personnages secondaires, mais essentiels, qui viennent pimenter l’histoire. Comme ce médecin dont l’approche semble dure, par sa carrure et son air sévère, mais dont on découvre la très grande douceur, car il se laisse attendrir par le courage et le sourire d’Oscar. Max von Sydow est sublime. Et que dire de ces jeunes enfants qui jouent des malades plutôt excentriques, qui permettent au public de ne pas les prendre en pitié, juste les admirer pour leur force de caractère.
Bref, je m’attendais à un drame très triste, vu le sujet traité. Cependant, j’en ressors plutôt le cœur léger et apaisé par toutes ces belles paroles d’espoir, d’amour et de paix qui sont véhiculés dans le film. En voici quelques-unes que j'ai retenues:
« Il faut faire une différence entre la souffrance physique et morale. À l’idée de mourir, tu n’es pas obligé d’avoir mal… la peur de la mort c’est souvent la peur de l’inconnu. Il faut avoir confiance en l’inconnu.»
« Regarde chaque jour comme si c’était la première fois »