Une première création pour les Écornifleuses à la hauteur de leurs talents

18 février 2010 19h57 · Shirley Noël

À propos l'article Voir Barbe bleue et la maison dans la forêt s'est allumée

Fantastique, Fureur, Férocité, Fantaisie, Fatalité. Cinq qualificatifs que je donnerais à ces cinq femmes et cette pièce magnifique. Elles qualifient leur groupe avec ces cinq points de focus : Féminité, fête, fenêtre, fantasme et finesse.

 Les Écornifleuses, ce sont cinq femmes finissantes en 2006 du Conservatoire d'art dramatique de Québec. L’an passé, après une première pièce d’Alan Ball, Cinq filles avec la même robe, qui en a séduit plusieurs, ces férues de théâtre et de défis reviennent cette année avec une première création, à la hauteur de leurs talents.

Écrite par la pétillante Édith Patenaude, mais imaginée par toute l’équipe, cette pièce amène le public dans un univers sombre, inquiétant, intriguant. On assiste à une mystérieuse histoire autour d’évènements survenus pendant les huit jours de vacances d’un groupe d’amis dans un chalet sur une île isolée…

Le lien avec Barbe Bleue du conte de Perreault est en fait bien mince. Ce sont les états d’âme, les émotions ressenties qui ramènent à cette créature et ses femmes. Le pouvoir de magnétisme qu’engendre ce mystérieux propriétaire de l’île et la certitude que ces femmes ont, qu’elles ne quitteront jamais cette île vivantes.

Une bonne dose d’inquiétude submerge le public à tout moment. Dès les premiers instants de la pièce, un climat de stupeur, d’angoisse et de terreur s’installe et rend les gens inconfortables sur leurs sièges. Il y a bien quelques moments drôles, des brides de dialogues qui font rires. Mais surtout, tout au long de l’histoire qui est racontée, sous forme de procès, dont chaque personnage se remémore les faits selon sa perception biaisée parfois par l’alcool et l’imaginaire créé par la paranoïa qui s’installe, le spectateur tente de reconstituer ce qui s’est passé, avec les brides de séquences d’évènements qui y sont recréées.

Une mise en scène digne des meilleurs thrillers, par Olivier Lépine, permet de vraiment renforcer les mots déboulés, défilés, répétés par tous les personnages. Sur un sol de terre, comme si on se retrouve dans les sous-bois, avec seulement quelques chaises et accessoires ici et là, les personnages sont constamment en mouvements. Onze personnes qui agissent, interagissent, se bousculent se questionnent, mais surtout qui racontent les faits, de façon à ce que le texte de chacun se chevauche, s’entrecroise, s’entremêle, se superpose pour créer un rythme, une musique, une ambiance surréelle. Une belle complicité et un vrai défi d’acteurs et de mise en scène.

Cette pièce plaira sûrement à ceux qui aiment bien les mystères, les suspenses, qu’on voit peu au théâtre. Et ceux qui ont été séduits par l'énergie des Écornifleuses (Valérie Marquis, Joanie Lehoux, Marie-Hélène Lalande, Laurie-Ève Gagnon et Édith Patenaude) dans Cinq filles avec la même robe seront à nouveau sous le joug de cette belle brochette d’acteurs passionnés, habiles et prêts à se salir, se bagarrer, s’engueuler, se mouiller pour une sublime performance de groupe.

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