Insomnie… Un moment magique !

11 février 2010 11h18 · Shirley Noël

À propos l'article Voir Insomnie

Cette pièce doit en partie son succès à la performance géniale de Nicola-Frank Vachon. Pivot central de l’histoire, car tout gravite autour de son insomnie, Nicola-F se donne à fond. Il s’abandonne au profit de cette histoire. Cet acteur, des plus caméléon, qu’on a pu applaudir récemment dans le rôle d’un jeune enfant dans MonoLake et celui du menteur d’une autre époque dans la pièce du même nom, donne vraiment l’impression qu’il est perdu, bouleversé, tendu, mêlé. En tant que spectateurs, nous sombrons avec Jonh F (Nicola-F) dans ce parcours tumultueux entre le rêve et la réalité. Nous ne savons jamais vraiment si nous sommes dans le rêve, le cauchemar ou la réalité. Certains éléments peuvent nous aider à croire que nous sommes dans sa tête, lorsque, par exemple, les dialogues semblent plutôt incohérents. Certains bruits nous parviennent parfois pour augmenter l’effet irréel et nous engourdir. Il y a également des jeux d’éclairage très efficaces qui nous invitent à glisser dans l’atmosphère du rêve. Même à l’entrée dans la salle nous étions comme dans un univers brumeux. Il y avait comme une couche de brouillard semi-permanent dans la pièce. Le décor finement pensé donne l’effet de profondeur à la scène. Avec des panneaux de barreaux de bois qui flottent dans les airs et placés en angles, ceci permet de donner une dimension d’abysse. Car en plus, le sol est de couleur bleue, ce qui amène l’idée de marcher sur l’eau ou d’être prêt à s’y engouffrer.

Donnant la réplique à son mari, Valérie Laroche offre un jeu inouï. Une jeune femme au bord de la dépression, qui se noie et tente de s’accrocher à sa moitié. Soit il la sauve, ou elle le fera caler avec elle. Une magnifique performance. Le couple qu’ils forment est très crédible et on a de la compassion pour ce qu’ils vivent.

Sophie Martin et Normand Bissonnette complètent la distribution. Ils donnent le ton juste et viennent vraiment soutenir la performance du couple.

Au niveau du dialogue, il y a plusieurs répliques très drôles. On nous surprend, on s’attendrit, on passe par diverses émotions en peu de temps. Dans l’histoire, on sent une progression, à mesure que John F dort de moins en moins et rêve de plus en plus. On assiste à sa descente aux enfers, jusqu’au moment, mon préféré, où il se retrouve face au public, avec un micro et se lance dans un monologue où on sent qu’il dérape royalement. Un moment magique. Puis, s’ensuit un délire physique totalement sublime, où l’on peut apprécier le talent remarquable de Nicola-Frank. Vachon.

Bref, une soirée très réussie, d’une durée d’une heure vingt, durant laquelle nous avons passé la moitié du temps à nous demander ce qui était vrai, et l’autre moitié à apprécier le spectacle. Des discussions s’ensuivent nécessairement après, entre nous, que ce soit pour parler de nos propres expériences d’insomnies, ou pour tenter d’élucider la part de rêverie de cette pièce.

À la sortie de la salle, les gens pouvaient repartir avec un petit souvenir. Une tisane biologique Four O’Clock. Une idée géniale!

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