14 janvier 2010 18h27 · Shirley Noël
À propos l'article Voir Reine Margot (La)
Les personnages sont grandement étoffés. Bien qu’il soit difficile au début de cerner tous les liens entre les personnages et les problématiques qui les opposent, lorsqu’on a fait le tour de ceux-ci, on est à même d’apprécier la qualité du jeu de tous les acteurs. Jonathan Gagnon qui est le roi Charles IX, que l’on voit peu et très effacé dans son rôle en première partie, s’éclate complètement par la suite, lorsqu’il défie sa mère et prend enfin lui-même des décisions. On alterne entre le rire et l’admiration, devant ses mimiques, ses répliques et son agonie. Une belle performance. Ce que je retiens également, est le quatuor formé de la reine Margot (Marie-Ève Pelletier), son amie Henriette (Marie-Soleil Dion), Coconnas (Éliot Laprise) et la Mole (Guillaume Perreault). Ils forment les quatre mousquetaires, à la vie, à la mort. La dynamique entre eux donne une bouffée de légèreté et de rigolade, à travers tous ces pourparlers de guerre, de bataille et de haine. Entre eux, c’est l’amour et l’amitié sans peur et sans reproche. Les répliques entre Coconnas et Henriette sont délicieusement drôles, la passion entre Margot et La Mole donne des chaleurs à tous. Mais surtout, les batailles chorégraphiées entre La Mole et Coconnas sont endiablées, très réalistes et efficaces. C’est justement lors de ce massacre des protestants, que le rythme de la pièce s’intensifie. Les courses folles, les bagarres, les poursuites, les épées qui transpercent, tout est mis à contribution pour donner l’effet de réalisme et de totale barbarie. Je me dois également de mentionner l’excellente performance des autres fils de Catherine, Henri d’Anjou (Frédéric Bouffard) et François d’Alençon (Renaud Lacelle-Bourbon). Bien qu’ils aient des rôles plus secondaires, chaque fois qu’ils ont leur mot à dire sur scène, ils volent la vedette.
Au niveau du décor, nous nous retrouvons dans la cour d’un palais gigantesque. Une magnifique structure grise, aux multiples fenêtres et panoplies d’arches. Un décor imposant et dénudé avec un éclairage tamisé qui donne une impression austère, mais également dégage une élégance et surtout permet de créer l’ambiance de cette période historique. Quelques accessoires viennent s’ajouter à l’occasion pour certaines scènes (tables, chaises, rideau qui descend du plafond pour créer l’effet d’une autre pièce de la maison). Mais, globalement, la majorité des scènes se jouent dénudées, avec pour seuls accessoires les autres personnages qui ne participent pas à la scène, mais qui sont disposés un peu partout autour du château. Ainsi, presque tous les personnages sont constamment sur la scène et se déplacent au gré des divers tableaux qui se jouent. Et au son de la musique (tambour, contrebasse, violon) qui augmente la dimension austère et solennelle, tous les personnages bougent et se placent dans un autre endroit pour le tableau suivant. L’éclairage fait le reste pour mettre en lumière ceux qui participent à l’échange verbal. Cette mise en scène ainsi pensée par Marie-Josée Bastien est fascinante. En étant au balcon, j’ai pu apprécier toute la symétrie ainsi créée par les personnages qui attendent dans l’ombre de ce palais. Cela donne une toute autre dimension à la pièce.
Au niveau des costumes, les femmes ont droit à des robes longues sublimes, qui mettent en valeur leurs poitrines. Marguerite, tout en rouge éclatant avec les cheveux noirs luisants, est l’image même de l’Amour passion enflammée qu’elle dégage et recherche auprès de ses amants. Sa mère Catherine, au contraire, toute vêtue de noir, avec les cheveux tirés vers l’arrière, dénote tout le contrôle, la froideur, la rigueur qu’elle dégage. Finalement, Henriette de Nevers l’amie de Marguerite, elle brille de candeur dans sa robe gris-bleu avec quelques ajouts de rouge (ce rouge symbolique des catholiques que l’on retrouve dans tous les costumes des hommes catholiques).
Pour les hommes, des chemises bouffantes avec du rouge, des vestes grises, et capes et épées pour les combats, les fils de Catherine et autres catholiques, se ressemblent et s’agencent tous au niveau des costumes. Tandis que La Mole, Henri de Navarre et Coligny, les protestants, eux, sont tous de noirs vêtus, sans aucune trace de couleur. Une magnifique combinaison très bien pensée pour les costumes.