La crise des médias s’étend à la presse citoyenne en ligne

6 novembre 2009 19h40 · Serge-André Guay

 

Dans un courriel adressé à ses rédacteurs, le média citoyen français AgoraVox
se dit affecté par la crise dans les médias et demande de l’aide :
«Comme vous le savez la presse est en pleine crise. Le constat n’est
pas nouveau, mais la situation s’aggrave et touche désormais Internet.
Le marché de la publicité s’effondre. Où en est le média AgoraVox ?
Pourquoi avons-nous besoin de votre aide ?»

Dans son courriel (voir ci-dessous), Carlo Revelli de Fondation
AgoraVox, soutient que «Le modèle publicitaire ne permet plus d’assurer
la survie du média, bien que l’audience du site soit toujours au
rendez-vous avec plus d’un million de visiteurs par mois.» Pour combler
le manque à gagner, AgoraVox lance sa fondation et fait appel à ses
lecteurs, ses rédacteurs et autres sympathisants.

Courriel d’AgoraVox

Bonjour,

Comme vous le savez la presse est en pleine crise. Le constat n’est
pas nouveau, mais la situation s’aggrave et touche désormais Internet.
Le marché de la publicité s’effondre. Où en est le média AgoraVox ?
Pourquoi avons-nous besoin de votre aide ?

AgoraVox est le seul média d’information généraliste sur Internet qui soit 100 % participatif, 100 % citoyen.

AgoraVox est devenu, au fil du temps, le lieu de rendez-vous de tous
les citoyens avides de débats, d’échanges et de polémiques, passionnés
d’information et souvent insatisfaits de ce qu’en ont fait les médias
traditionnels. AgoraVox permet de vous informer autrement. AgoraVox
permet de vous exprimer et de vous faire écouter. Votre parole peut
avoir un impact car AgoraVox est souvent lu par des hommes politiques,
des journalistes, des professionnels ou autres décideurs qui parfois
font même partie de nos rédacteurs ou commentateurs.

AgoraVox est aujourd’hui en danger. Le modèle publicitaire ne permet
plus d’assurer la survie du média, bien que l’audience du site soit
toujours au rendez-vous avec plus d’un million de visiteurs par mois.
Nous pensons que l’information ne doit pas dépendre de sociétés
d’investissement ou d’industries, qu’elle ne doit pas dépendre non plus
de l’État.

Comme nous sommes convaincus qu’AgoraVox doit poursuivre son
aventure et même se développer, nous devons imaginer des solutions de
solidarité et de coopération pour en préserver l’indépendance.

AgoraVox est devenu une Fondation en 2008 dans ce but. Le Ministre
de la Justice belge a récemment signé l’arrêté qui reconnaît le
caractère d’utilité publique de la Fondation AgoraVox.

Dans ce souci d’indépendance, AgoraVox initie un réseau de solidarité basé sur le don.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000
articles par mois. Les dons servent à améliorer la qualité du site, à
financer les serveurs, les ressources humaines, techniques et
juridiques, ainsi qu’à financer des enquêtes participatives pour que le
site se renforce et se développe.

En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d’expression et d’information.

Pour en savoir plus sur ce système de dons

Merci d’avance.

À bientôt

Carlo Revelli

Fondation AgoraVox

Dans l’article publié en ligne à ce sujet, l’équipe d’AgoraVox nous
en dit un peu plus sur cette crise des médias en ligne sur Internet :
«Les « pure player », ces journaux d’information présents uniquement
sur la Toile, n’échappent plus à la crise. Ils sont même touchés de
plein fouet. Actuellement, même si certains semblent s’en sortir mieux
que les autres, aucun journal en ligne n’est réellement à l’équilibre :
ni Rue89, ni LePost, ni Bakchich, ni Médiapart, ni Arrêt sur images, ni
Slate. Certains sont au bord du dépôt de bilan tandis que d’autres
voisins sont même obligés de fermer définitivement les portes…»

AgoraVox fait ici référence à la fermeture de site d’information espagnol Soitu.es
le 27 octobre dernier après seulement vingt-deux mois d’existence et
alors qu’il venait de recevoir le mois dernier le prix du meilleur site
d’information non-anglophone de l’Online News Association (ONA) américaine, la plus grande organisation mondiale de news sur le web.

Selon Rue89, un autre médias citoyen français avec également plus d’un million de visiteurs uniques par mois,
la fermeture du site d’information espagnol Soitu.es est aussi lié à la
baisse générale des revenus publicitaires qui affecte l’ensemble des
médias. Dans son article Fin de partie pour le site d’information espagnol Soitu.es,
le journaliste Pierre Haski de Rue89 écrit : «La crise économique et
financière, qui frappe l’Espagne plus durement encore que d’autres pays
d’Europe, est venue réduire ces espoirs, et a créé de sérieuses
difficultés à Soitu.es dont le modèle était sans doute trop largement
dépendant des recettes publicitaires.»

Rue89 parviendrait à se tirer d’affaires en raison de la
diversification de ses revenus explique le journaliste Pierre Haski. En
effet, Rue89 ajoute aux revenus publicitaires ceux de son service de
formation continue et de développement de sites web en plus de ceux de
la vente de T-shirts et de mugs. (Voir ci-dessus)

Extrait de Fin de partie pour le site d’information espagnol Soitu.es, Pierre Haski, Rue89, 27 octobre 2009

De la prestation de service, de la formation continue et des mugs

Pour anticiper les questions qui seront inévitablement, et
légitimement, posées sur la situation de Rue89, nous ne sommes pas dans
la même situation que nos amis de Soitu.es.

Lancé un peu plus tôt, en mai 2007, Rue89 a développé un modèle
économique mixte dans lequel la publicité sous toutes ses formes
(bannières, mur, liens sponsorisés…) n’est pas la seule source de
revenus, grâce aux activités de prestation de service (développement de
sites pour d’autres clients), de formation continue, et de vente de
T-shirts et de mugs.

De plus, Rue89 est resté d’une taille modeste avec vingt salariés,
sans doute plus adaptée à l’environnement économique du web en période
de crise.

Rue89 se différencie également de nos amis espagnols par son
actionnariat, majoritairement contrôlé par les fondateurs et des
investisseurs amis, et bénéficie, en cette période délicate, du soutien
renouvelé de ses actionnaires.

Rue89 bien parti pour atteindre l’équilibre…

sur le seul quatrième trimestre

Avec à peine deux ans et demi d’existence, Rue89 approche
progressivement de l’équilibre économique. Celui-ci pourrait être
ponctuellement atteint au quatrième trimestre 2009, mais pas encore en
année pleine. Il faudra sans doute attendre encore trois ou quatre
trimestres avant d’atteindre le point d’équilibre, clé de
l’indépendance et de la pérennisation de l’entreprise.

La disparition de Soitu.es montre l’ampleur de la crise que traverse
le secteur des médias dans les pays industriels, anciens comme nouveaux
médias. Aux Etats-Unis, la diffusion de la presse écrite a baissé de
plus de 10% au cours des six mois se terminant en septembre, illustrant
l’impact de la tourmente sur les « vieux » médias, qui a déjà emporté
plusieurs titres outre-Atlantique.

Dans le même temps, les nouveaux médias Internet expérimentent
différents modèles économiques dans un secteur où il n’en existe aucun
ayant fait ses preuves et dans un contexte de récession. La mort de
Soitu.es montre que tous ne réussiront pas, même si Internet incarne
l’avenir de l’information.»

Fin de partie pour le site d’information espagnol Soitu.es,

Pierre Haski, Rue89, 27 octobre 2009

Au Québec, les fondateurs du média citoyen CentPapiers,
Jean-Philippe Wauthier et Olivier Niquet, appellent aussi à l’aide mais
pour des raisons différentes. Dans un billet publié le 7 octobre
dernier sous le titre CentPapiers a besoin d’aide,
monsieur Olivier Niquet écrit : «CentPapiers, la plateforme de
journalisme citoyen que Jean-Philippe Wauthier et moi avons fondé il y
a environ trois ans, a besoin d’aide. Comme Jean-Philippe et moi sommes
un peu pris par le Sportnographe,
nous n’avons plus de temps pour en assurer la gestion et pour en faire
la promotion.» (Le Sportnographe est le site de Radio-Canada dédié aux
sports). Visiblement, CentPapiers, le premier média citoyen au Québec,
n’a pas suffisamment rapporté d’argent pour assurer un salaire à ses
deux fondateurs et ces derniers ont dû se tourner vers d’autres sources
de revenus pour vivre. «Nous cherchons donc des partenaires qui
seraient intéressés à assurer la gestion quotidienne du site
(validation et édition des articles) et la promotion du site.» écrit
monsieur Niquet. (Voir ci-dessous)

CentPapiers a besoin d’aide

7 octobre 2009 | 0 commentaire(s) | 156 affichage(s)

CentPapiers, la plateforme de journalisme citoyen que Jean-Philippe
Wauthier et moi avons fondé il y a environ trois ans, a besoin d’aide.
Comme Jean-Philippe et moi sommes un peu pris par le Sportnographe,
nous n’avons plus de temps pour en assurer la gestion et pour en faire
la promotion.

Le site continue d’accueillir environ 1000 visiteurs uniques par
jours et de générer de 2000 à 3000 pages vues quotidiennement. Pas
énorme, mais bon. C’est aussi 4500 articles publiés, 8000 commentaires,
et 2500 rédacteurs inscrits. Surtout, ça reste le premier site du genre
au Québec, et il bénéficie d’une certaine notoriété. Nous sommes
régulièrement sollicités pour nous prononcer dans les médias.

Assurément, le potentiel est là, mais nous n’avons pas le temps de faire la promotion du site et d’assurer son épanouissement.

Nous cherchons donc des partenaires qui seraient intéressés à
assurer la gestion quotidienne du site (validation et édition des
articles) et la promotion du site.

Nous sommes ouverts à toutes sortes de partenariat. Une
participation dans l’entreprise, un partage des revenus, une fusion,
whatever.

Si la chose vous intéresse, contacter moi oniquet sur gmail.

Olivier Niquet

En conclusion

Définitivement, l’économie de l’édition papier ne règle pas tout
pour les médias en ligne, ni même l’achalandage de plus d’un million de
visiteurs uniques par mois. Pourtant, on pensait exactement le
contraire au commencement. L’histoire des médias citoyens tient en
quelques années. AgoraVox a vu le jour en 2005, CentPapier suit en 2006
et Rue89 en 2007. Le modèle économique initial fondé sur les économies
du numérique, du virtuel, de l’Internet et du web et sur les revenus
publicitaires ne semble plus assurer la pérennité de l’aventure des
«journalistes citoyens». La crise financière actuelle a bousillé ce
modèle économique sur lequel misaient les médias citoyens en provoquant
une baisse marquée des revenus publicitaires. Est-ce que la reprise
économique règlera les problèmes financiers des médias citoyens ?
Certainement pas, du moins complètement, car il faut trouver un modèle
économique capable d’affronter les crises de financement ou les
fluctuations du marché publicitaire. La diversification des sources de
revenus s’avère une solution intéressante mais elle n’est pas à la
portée de tous. On ne diversifie pas ses revenus sans investissement.
Or, en raison de leur trop courte histoire, les médias citoyens n’ont
pas eu le temps d’engranger les profits utiles pour investir d’autres
sources de revenus. Il revient donc aux lecteurs et aux rédacteurs
d’aider leurs médias citoyens à traverser la crise financière. Bref,
comme pour tout autre média, l’avenir immédiat des médias citoyens est
entre les mains de ses lecteurs et de ses rédacteurs !

 

Serge-André Guay, président éditeur

Fondation littéraire Fleur de Lys

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