1 mars 2010 13h25 · Ronald Laroche
À propos l'article Voir Lipsynch
LIPSYNCH
Mise en scène de Robert Lepage;
Auteurs et interprètes: Frédérike Bédard, Carlos Belda, Rebecca Blankenship, Lise Castonguay, John Cobb, Nuria Garcia, Sarah Kemp, Rick Miller, Hans Piesbergen.
Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage! Heureux ceux qui ont assisté à la grande saga LIPSYNCH créée et mise en scène par Robert Lepage! Le journal The Gazette souligne ce grand événement en disant: "Un spectacle épique de Robert Lepage ne se regarde pas, il se vit" . En effet, après l'Angleterre, l'Espagne, La France et l'Australie c'est enfin au tour des québécois d'applaudir et de vivre LIPSYNCH. En cette journée du samedi, 27 février 2010, au Théâtre Denise-Pelletier à Montréal, plus de six cents personnes ont vécu et ont participé à cette grande aventure d'une durée de près de neuf heures. Le déroulement du spectacle est divisé en neuf actes-épisodes soit une pause-repas et quatre entractes. Robert Lepage, ce génie créatif, nous raconte une histoire somme toute assez simple en utilisant la voix, la parole, le langage. Robert Lepage nous dit: " On confond souvent voix, parole et langage. Ce sont pourtant trois choses fort différentes. LIPSYNCH explore l'expression humaine contemporaine à travers le sens spécifique de chacune de ces notions et de leur interprétation." Tout le spectacle est donc basé sur la voix humaine dans toutes ses expressions, ses manifestations. Le jeu des comédiens, l'interprétation, les techniciens de scène, les décors: tout passe par la voix. On utilisera les pleurs d'un nourisson, la voix d'une cantatrice, le téléphone, la radio, le cellulaire, le magnétoscope, les films super 8mm, du rapt, du rock et même le grand silence pour nous raconter cette histoire. Et que dire des décors fonctionnels, interchangeables qui se transforment rapidement en avion, en train ou en métro. De grands modules rectangulaires évoquent tantôt une cuisine moderne, un bureau de directeur, une bouquinerie sous la neige, une station de radio ! Robert Lepage a révolutionné la création, a changé les techniques de scène, a imposé le théâtre éclaté. Encore un fois, il nous en met plein la vue!. Bravo !
Le Lipsynch de Robert Lepage à l’affiche au théâtre Denise-Pelletier, rue Sainte-Catherine Est, est un traveling épuisant de beautés et de profondeurs, il multiplie les angles parmi les vivants et les morts, nous entraîne chez les Grecs avec les deux pieds marchant en abîme dans la dramaturgie du temps présent. Tout se démonte comme un décor à panneaux sur rail avec un dieu aux éclairages (Étienne Boucher). Tout se joue en un instant. Pourtant, c’est une pièce-fleuve qui dure huit heures et demie.
Voyage bien plus qu’une pièce de théâtre. Ce qu’il advient? Ce qu’il advient n’est pas fatalement ce qui devait arriver, mais le destin campe sur la scène des acteurs qui vandalisent sous nos yeux la réalité platement scénique. Nous entrons dans les rouages des médias, cinéma, radio, livre, bib bip quotidien, auto, appareils électroménagers qui parlent, humains qui déparlent, qui toujours risquent de ne plus jamais parler.
Et quelle troupe de comédiens ! Pas une seule virgule de travers. Je suis tombé amoureux avec la douce Lise Castonguay, voix fragile des années de fracas dont l’un des personnages assume le physique 1970 de la poétesse Michèle Lalonde.
Voix trilingues. Plus l’allemand, l’accent écossais… Glottes et polyglottes. Voix trouées. Voix publiques. Une voix qui se casse en plusieurs. Voix faussée. Voix imaginaires. Voix qui voile. Voix jazz. Voix qui ne voient rien. Voix qui mue et transforme la personnalité. Voix d’opéra. Montage, doublage. Voix aphone. Rap hip-hop. Rhapsode. Science. Miracle. Mensonges. Cerveau. Bégaiement. Tremblements. Traîtres mots. Viol. Folie. Poésie. Poésie. Poésie.
Gauveau!
J’ai pensé au murmure des voix de Lacoue-Labarthe et au partage des voix de Jean-Luc Nancy reprenant Aristote (la voix est aérienne et transporte l’hermeania) et Platon, la voix comme annonce de l’oraculaire et du divinatoire.