La poésie, ça fait peur!

20 décembre 2010 10h29 · Stuart Fyles

À propos l'article Voir Aux plexus

Ça fait peur et pourtant, nous y sommes tous passés à l'adolescence. Nous avons tous déversé le surplus d'émotions dans un vers qu'on faisait rimer et qui restait dans les lieux communs mais qui avait le mérite d'explorer un genre qui nous intimide, des années plus tard. On associe poète à impénétrable, poésie à incompréhensible. Mais c'est Plexus sont tout, sauf inaccessible. Ils nous dérangent, ils nous secouent. Mais ils nous interpellent.

On l'imagine fébrile, à fleur de peau, dure, hypersensible, arrogante dans sa façade. On l'imagine tout ça, Marjolaine Beauchamp mais on l'imagine surtout authentique. Son recueil débute par un passage, on l'imagine, dans un institut psychiatrique. Déjà qu'à l'adolescence, les émotions sont effervescentes même si tout va bien… Marjolaine nous rappelle à quel point on déteste le compromis à cet âge, à quel point on est conscient de plein de choses mais qu'on manque parfois d'outils pour y faire face, pour s'assumer tout simplement. "Elle était une star à l'urgence" comme elle le dit dans son morceau "Ode".

Elle fait aussi place à une grande clarté d'esprit quand elle obtient sa permission de fin de semaine et promet "d'avoir le goût de crever juste en revenant". On grince des dents avec elle quant à la bonne conscience qu'on cherche parfois à se donner quand on dit aider les gens. Elle dénonce mais en même temps, elle ne le fait pas à coup de haine lancé au visage. Elle le fait parce qu'elle parle d'elle-même, parce qu'elle se permet de dire les choses telles qu'elle les a vues.

Elle excelle dans le fait d'inclure une toute petite image quotidienne qui veut dire tellement plus que l'anecdote qu'elle décrit. Lorsqu'elle parle d'une relation à la dérive ou d'une relation qui n'arrive pas à prendre son envol, elle se décrit comme une badluck "qui remet pas le CD dans l'case". Cette petite image illustre à elle seule tous les reproches qui peuvent se faire dans une relation, tous les enfantillages qu'on peut se lancer au visage comme si c'était important. Toutes ces choses auxquelles on s'accroche en oubliant que l'essentiel est ailleurs.

Aux Plexus se lit pour être dans un état. Pour être frappé par certains vers, par certaines images. On entend la musicalité du slam dans sa poésie, on a l'impression que les 8 vers sont en fait 8 pages de prose. On comprend facilement comment l'"imposteure" a pu devenir vice-championne du monde.

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