Le dernier Nothomb

29 novembre 2010 16h11 · Stuart Fyles

Avec une auteure aussi prolifique que Nothomb, il n'est pas de surprise de la voir parmi les auteurs qui publient cette saison.  Nothomb est un peu la 'Lynda Lemay' de la littérature.  Une plume qui ne se tarit jamais.  Souvent pour le meilleur.  Parfois, on aurait préféré qu'elle apprenne à élaguer.  Comme Lynda Lemay.

Sans contredit, Stupeurs et tremblements demeure le livre de Nothomb le plus maîtrisé.  On y retrouve des excès chez ses personnages mais sans dérapement.  Les dernières parutions de Nothomb m'ont laissé un peu froid.  Pas que je n'y ai pas pris plaisir mais parce qu'à force de vouloir trop, ses histoires devenaient un peu caricaturées et ses personnages peu crédibles.

Une autre forme de vie, son dernier roman, prend la forme d'une joute épistolaire entre l'auteur qui se veut personnage et ce Melvin, soldat américain basé à l'étranger.  Dès le départ, Nothomb maîtrise très bien cet engrenage dans lequel elle se fait prendre.  Le fait qu'elle se lance dans l'échange de lettres devient tout à fait justifié.  Elle reprend des thèmes qu'elle aime aborder:  le rapport à son corps, la différence du corps, les relations marginalisées.  Ici, Nothomb se prend d'amitié pour ce soldat qui, consciemment, choisi d'enfler et de grossir en s'empiffrant au maximum.  Et on y croit.  Mais tranquillement, ce personnage très authentique devient à son tour caricatural.  Si, pendant un instant, on se demande si cet échange de missives a pu bel et bien avoir lieu, on en vient à ne plus y croire.  Et le livre perd graduellement de son intérêt.  Il nous amène ensuite à un dénouement un peu bâclé.  On y assiste à la réflexion de l'auteure sur elle-même et on perd de vue l'autre personnage, celui de Melvin.

Même si on ne tombe pas dans l'oeuvre pleinement réussie, Nothomb maîtrise la langue et, comme Lemay, s'avère une mélodiste accomplie.  La lecture reste donc aisée et elle se fait brève comme elle aime que ses correspondants le soient avec elle, lorsqu'ils lui écrivent.  Je reviendrai donc à Nothomb lors de son prochain livre à la prochaine saison.  Mais j'ai bien peur de ne plus y retrouver l'émoi de ses livres qui se passaient au Japon.  Peut-être dois-je accepter que notre relation a changé et que nous devenons davantage des compagnons de vie que des amoureux enflammés.

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