21 mai 2010 8h49 · Stuart Fyles
À propos l'article Voir La Traversée du continent
Michel Tremblay possède l'art de bien cerner une époque. À travers une série de détails bien choisis, il évoque la vie et le quotidien de ces habitants de la Saskatchewan et du Québec. Tant dans sa Traversée du Continent que dans ses deux ouvrages qui complètent la trilogie (La Traversée de la Ville et La Traversée des Sentiments), Tremblay s'adonne au jeu de parsemer sa trame d'exemples de repas, de vêtements, de coutumes qui meublaient le début du siècle.
Avec ce livre et la trilogie qui suit, il ne faut pas s'attendre à de grands enjeux qu'on tente de régler. Tremblay se contente de nous présenter efficacement une galerie de personnages qui tente, au meilleur de leur capacité, de se créer une vie plus heureuse. Tous ces personnages ne veulent qu'une chose: l'atteinte du bonheur, d'un certain bonheur. Lorsque Rhéauna traverse le Canada, elle se bute à une série de membres de la famille qui cherche leur bonheur de façon très disparate. Que ce soit par la nourriture, la musique, les rassemblements familiaux, chacun cherche à atteindre une plénitude et si il n'y arrive pas, chacun cherche à s'étourdir pour ne pas se rendre compte que le bonheur n'existe pas. Dans les deux tomes qui suivent, Tremblay s'attarde surtout à la quête de Rhéauna et de sa mère, Maria. Ce qui est bien en lisant la trilogie, c'est que des impressions se confirment et d'autres disparaissent. Dans La Traversée du Continent, on se fait l'image d'une Maria légèrement narcissique, manipulatrice, prête à tout pour arriver à ses fins. Dans les livres suivants, cette image en vient à se confirmer mais on en vient aussi à mieux comprendre comment cette femme en est arrivée à ce point.
Tremblay nous offre des personnages attachants -pas toujours des plus réalistes- qui nous rappellent une grand-mère, une tante, un cousin. Il crée une palette de personnages qui nous rappelle d'où l'on vient. Parce que pour apprécier sa littérature, il faut avoir envie de suivre une épopée, une tranche de vie qui s'apprécie même si on n'a pas lu ses livres précédent où Nana est présente. Il ne faut pas s'attendre à des revirements soudains, à un suspense en crescendo. Tremblay nous présente la vie (ou à tout le moins UN type de vie). Il nous la flanque sous le nez et nous rappelle (parfois avec trop d'emphase) comment les changements se sont produits dans notre société.
J'aurais envie de recommander ce livre à toutes ces femmes qui refusent de se dire féministes. J'aurais envie qu'elle le lise pour se rappeler des conditions de vie de plusieurs femmes il y a à peine plus de 50 ans. Tremblay nous dresse à nouveau des portraits de femme vrais, complexes.