1 décembre 2009 15h12 · Stuart Fyles
À propos l'article Voir J'ai tué ma mère
C'est presque assassin de nous présenter ce film après toutes les éloges et les prix qu'il a reçus. Cela ne peut créer que des attentes démesurées bien que Nolan nous avait prévenu qu'il voyait lui-même de nombreuses lacunes dans son film. Je m'attendais à être déçu mais tout au contraire, j'ai compris pourquoi ce film et ce cinéaste avaient tant retenu l'attention
Car qui dit cinéma d'auteur parle souvent de film hermétique ou de film qui ne peut atteindre un grand public. Ici, ce film a réussi à pratiquement atteindre le million de dollars en entrées au cinéma bien qu'il n'ait été distribué qu'à petite échelle. On souhaite que Nolan ne se perde pas de vue avec tous les honneurs qui lui sont atteris dessus.
Cette histoire d'amour-haine entre une mère et son fils est puissante. On y sent toute l'ambivalence d'un fils face à cette personne qui a été sa seule bouffée d'air mais qui s'avère aussi sa pire tortionnaire à ses yeux. Dans la démesure qu'Anne Dorval apporte à tous ses personnages, elle est ici très efficace en mère qui n'est pas terrible mais qui refuse d'être centrée constamment sur les blessures de son fils. On peut sentir les sacrifices que cette mère a pu porter pour permettre à son fils d'avoir une vie pleine. Des sacrifices qui ne sont pas insupportables mais qui font en sorte que cette mère a mis de côté ses aspirations pour soutenir son fils. La scène où elle refuse de porter le poids de la culpabilité lorsqu'elle discute avec le directeur de l'école de son fils reflète bien ce débordement d'une mère qui n'en peut plus d'être montrée du doigt dès qu'une mésaventure se produit dans la vie de son fils.
On aime aussi que l'homosexualité du fils soit une partie centrale du film mais que le tout soit apporté sans fanfarre. On y voit là la réalité d'une nouvelle génération qui continue à se débattre avec le fardeau des préjugés mais sans être pris dans la nouveauté du dévoilement.
Là où on trouve quelques faiblesses dans le film, ce sont dans les excès émotifs de certaine scène. On y trouve là l'empreinte d'un jeune réalisateur/auteur. Il est propre à cette période de notre vie de vivre toutes les émotions sans filtre, sans retenue. D'avoir l'impression que les seules vraies émotions sont celles qui sont vécues à tue-tête. Cela s'avère vrai pour le personnage du fils mais le tout devient moins crédible lorsque la mère tombe dans le même éclat dramatique que son fils. On peut se l'expliquer du fait que tout ce film porte en fait la perception que le fils a des gens autour de lui. Mais on aurait trouvé plus de sensibilité et plus de force dans ce film si certaines des émotions ne nous étaient pas lancées à la figure mais si elles étaient parfois contenues, comme ce volcan prêt à tout mais qui se contient.
Nolan aura eu la chance (et le talent) d'être un jeune comédien qui s'est amassé tout un pécule qu'il a pu mettre au service de son film. Quand on parle de coupures aux arts, on se coupe aussi de tous ces autres Xavier Nolan qui n'ont pas la possibilité de mettre toutes leurs économies au service de leur film. Combien de moments de fierté se prive-t-on en tant que Québécois à force de laisser tous les artistes dans la mendicité?