4 mars 2009 10h44 · Sylvie Rochon
À propos l'article Voir Séraphine
Le film Séraphine jette sur la maladie mentale un regard d'époque qui fut aussi, en partie du moins, celui qui condamna le prophétisme de Nietzsche, le talent de Camille Claudel et de Nelligan. Bien sûr, le parcours de Séraphine ne se compare en rien à celui de ces grandes figures de la philosophie et de l'art. Mais il est d'autant plus remarquable que, privée d'un cadre technique adéquat, elle sut trouver par elle-même des moyens originaux qui donnèrent à son travail ses lettres de noblesse et de distinction,
Yolande Moreau nous fait voir toutes les nuances de la personnalité de cette femme si talentueuse mais si esseulée. Cette solitude paradoxale qu'elle assume une bonne partie de sa vie parce que, malgré qu'elle soit un peu la risée du village, elle réussit à mener les choses comme elle le veut. Il est évident que sa simplicité d'esprit ne sera pas davantage comprise par son mécène que par les gens du village. C'est probablement pourquoi Séraphine ne pourra faire un lien raisonnable entre ce qu'on lui fait miroiter et les étapes qui doivent être respectées pour progresser dans son art comme dans son cheminement social.
Les bonnes intentions du marchand d'art se nient elles-mêmes lorsqu'il se trouve incapable de gérer les émotions en cavale de sa protégée. De ce fait, outre que ce film nous permette de découvrir en Séraphine une artiste de grand talent, il nous oblige aussi à examiner notre rapport à la maladie mentale et à l'inadéquation qui se pose entre ceux qui en savent un peu plus et ceux qui ne peuvent en comprendre beaucoup à la fois.