Folle dé-gay-ne

10 juillet 2009 7h55 · Pierre Robitaille

À propos l'article Voir Brüno

Rire d'Hitler. Se pavaner à Jérusalem en pantalons ultra moulants et avec de faux boudins hassidiques. Vanter les mérites d'un show télévisé sur l'avortement à l'heure de pointe. Si. Mais se moquer du pseudo ¨Roi de la Pop¨? Nenni! Dans ce dernier défilé outrancier cousu par Sacha Baron Cohen, Brüno, un chroniqueur autrichien de la mode en disgrâce, piège La Toya Jackson pour lui extirper le numéro de portable de son illustre frérot. Le segment aurait été extirpé, in extremis, par considération pour le clan Jackson endeuillé. Ce qui suggère que la verve comique de Cohen a ses limites ou ses pudeurs. Difficile à croire cependant en regardant un pénis bavard se dandinant à l'écran ou l'une ou l'autre des facéties lubriques et provocantes formant la salace salade cococtée par Baron Cohen.

La trame narrative s'apparente à celle déjà échevelée de BORAT: un excentrique visite les USA, multiplie les bourdes et couvre de ridicule ses interlocuteurs plus caves les uns que les autres. Brüno est le troisième clown dans le répertoire de Baron Cohen, avec Ali G et Borat. De nouveau, il dissimule un esprit incisif et une langue vipérine sous un accent impossible et une succession de costumes extravagants. L'exercice paraît plus forcé cete fois, comme si Cohen et le réalisateur  Larry Charles devaient à tout prix répéter la recette gagnante BORAT. A l'évidence le procédé du faux documentaire a perdu quelque peu de son originalité. Et l'aspect cinéma-vérité de certaines séquences semble carrément suspect. 

Mais si la forme a perdu quelque peude sa fraîcheur, la bravade décapante de Cohen demeure, elle, toujours aussi réjouissante. Il démolit tel un tank rose l'affreuse bigoterie sexuelle yankee. Brüno est un personnage à la fois fascinant et repoussant, débusquant avec entrain l'homophobie et la suffisance du showbiz, des milieux évangélique et politique américain. L'humour valse entre l'enfantin (méprendre la hamas pour du hummus) et le sauvage (la rencontre avec un prétendu ¨guérisseur de gais¨). Et même la communauté LBGT pourra grimacer au spectacle de Brüno, ¨bitche¨ étourdissante, obsédée par le cul, les fringues et la notoriété. Notre Mado nationale est bien pâle à côté de B.

Toutefois, bien peu de spectateurs auront le temps ou l'énergie pour ces considérations: ils auront un oeil fermé par l'embarras et l'autre versant des larmes de plaisir.

 

   

 

 

 

 

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