Il Monstro

29 juin 2009 9h30 · Pierre Robitaille

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Décrypter une énigme: c'est à cette tâche que s'emploie le cinéaste italien Paolo Sorrentino avec son troisième film, un portrait patiné mais jamais superficiel du mystérieux homme politique Giuilio Andreoti. Premier ministre Chrétien Démocrate à sept reprises des décennies 70 à 90, ce faux enfant de choeur connaîtra la crucifixion et la résurrection, il y a une dixaine d'années, lorsqu'il fut trainé devant les tribunaux à la fois pour ses liens supposés avec la Mafia et son implication directe dans l'assassinat d'un journaliste.

Peu de doute, Sorrentino n'est guère tendre à l'endroit du système judiciaire italien, son étonnant portrait, fuyant toutes les conventions du genre ciné-biographie, mixe le classique et le moderne, depuis la trame sonore (Vivaldi, Trio) à la mise en scène (Antonioni rencontre la pub automobile la plus léchée), il situe nettement Andreotti à l'épicentre d'un funeste réseau fusionnant la politique, les affaires, la religion et le crime organisé. Sulfureux et sidérant cocktail! Le montage intial farci de morts brutales, incluant celle du banquier de Dieu, Roberto Calvi, pendu au pont londonien des Blackfriars, renvoie Coppola (LE PARRAIN 3) à ses devoirs et montre l'absence de toute naïveté de la part de Sorrentino.La première partie de l'oeuvre est une brusque succession d'épisodes tirées de la vie plus récente d'Andreotti. Elle aboutit à un barrage d'accusations. La seconde partie, plus lente et solennelle, dépeint les préambules du procès, les incessants flashs des caméras mitraillant le visage impassible de l'accusé, la fermeture de son âme au faisceau de la vérité, la fascination du public pour cette star damnée. 

L'acteur Toni Servillo, déjà aperçu dans LES CONSÉQUENCES DE L'AMOUR ,du même cinéaste, donne à Andreotti l'allure d'un mort-vivant, un zombie trottinant et muet, crispé par des migraines incessantes. Entouré d'un entourage de ses créatures, il déambule à travers crises et triomphes avec une dégaine sobre, maladroite et indifférente. Mais il n'est jamais caricaturé. Une brève scène le montre écoutant la télé avec son épouse. Un instant, le masque tombe, et la personne humaine sensible, sensuelle et drôle perce.

À moins de posséder un solide baggage de connaissances en politique italiennes, les allusions à la Mafia, à la loge P2 et au cercle des nababs des affaires risquent de laisser le spectateur de marbre. La réussite de Sorrentino est dans la visualisation du récit. La narration est brillante, une chorégraphie achevée, détaillée mais peu bavarde. À l'instar de son sujet. Une délicieuse et mortelle peinture.

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