3 novembre 2008 9h13 · Pierre Robitaille
À propos l'article Voir Mémoire des anges (La)
Joli pari et bien tenu: c'est come si les concepteurs du projet avaient recueilli et assemblé les souvenirs des anges surplombant les nombreux clochers, ces gardiens de l'ancienne métropole au cours des années 40, 50 et ce jusqu'à Expo 67. 80 minutes, c'est fort court pour dresser le portrait visuel et sonore d'une cité aussi complexe et changeante. Les documents d'archives, souvent d'une étonnante fraîcheur, ont été soigneusement triés et ajustés les uns aux autres avec une fluidité habile pour cibler quelques thématiques : la cité ferroviare, le quartier populaire de St-Henri, la Main parsemée de cabarets, le paysage urbain changeant, le Parc Lafontaine, la procession ininterrompue des gens ordinaires arpentant les artères de la cité au fil des saisons… Un regard ciblé donc, dépendant évidemment de la pellicule disponible. Aucune incursion dans les quartiers plus huppés tels Westmount. Peu de scènes d'intérieur, sinon un rapide coup d'oeil au Carmel ou dans le sinistre dortoir d'une école privée pour garçonnets tenue avec une main de fer par de bons frères. Mais que de trouvailles et de retrouvailles cocasses et émouvantes. En particulier, un défilé de la Saint-Jean tout chamarré de pompe catholique avec ses zouaves, ses cadets bien raides et le petit frisé angélique lançant des becs au Cardinal Léger. Raymond Lévesque chantant Bozo en ratissant tout penaud la Sainte-Catherine. Une grandiose funéraille de pompier entrecoupée d'une répétition de la Symphonie des Psaumes avec son auteur, Stravinski. La beauté intense et lumineuse de Geneviève Bujold, juvénile amoureuse, ondulant entre les arbres fleuris sur le Mont Royal printannier. Maurice Richard scorant au vieux Forum et faisant lever la foule et René Lecavalier. Mais c'est surtout la palpitation des humbles de la cité dévoilée qui retient l'attention: la foule des modestes travailleurs ferroviaires et portuaires, des couturières, des waitresses et des commis, courbés, sérieux ou enjoués, baragouinant l'anglais pour plaire au boss, marmonnant le latin pour plaire au curé, toutes ces petites gens avec leurs tralées de bambins cherchant à survivre et à arracher des petites miettes de bonheur à la grande ville carnassière. Ils ont disparus depuis belle lurette mais c'est leur rire et leur sourire à la fois humbles et fiers qui mettent de l'âme dans ce beau voyage dans notre passé.