9 février 2009 13h06 · Philippe Canning
À propos l'article Voir Mariage de Figaro (Le)
Le mariage de Figaro c'est le second volet de l'œuvre de Beaumarchais qui raconte les aventures de ce barbier de Séville, Figaro. La pièce est jouée au TNM avec une mise en scène de Normand Chouinard. Le rôle de Figaro est assuré par Emmanuel Bilodeau. La distribution compte également parmi ses rangs Normand D'Amour, Gilles Renaud et Louise Turcot.
J'avais entendu, lors d'une entrevue donnée par certains membres de la troupe que certains passages de la pièce étaient chantés. J'adore l'opéra mais j'ai horreur des comédies musicales. J'avais déjà acheté mes billets et c'est avec un peu d'appréhension que nous nous dirigeons au TNM.
Le décor est sobre mais imposant, la première scène représente la chambre de Figaro, promise à Suzanne. Un plancher carrelé surplombé d'un grand mur avec fenêtres complètent l'illusion. Sur la gauche un pupitre avec un homme qui écrit à la plume.
Nous comprenons tout de suite que le véritable rôle de ce personnage joué par Yves Morin est d'agrémenter le jeu en nous livrant quelques airs de Mozart. Quelle surprise. Son phrasé habile et sa dextérité, tantôt au piano, tantôt au clavecin constituent un accompagnement parfait à la mise en scène. D'entrée de jeu, on nous sert l'ouverture de l'opéra pendant laquelle la frénésie des personnages est mise en lumière.
Toutes mes craintes sont rapidement dissipées, les parties chantées sont biens placées, assez courtes et ne font que contribuer è l'énergie de l'histoire. Il ya tout de même quelques personnages qui ont certainement suivi une formation professionnelle en chant car leur livraison est impeccable. Pour les autres comédiens, ils se débrouillent tous très bien. Nous apprécions surtout le fait que tous respectent la limite de leur instrument et que personne ne force la note.
S'en suit une multitude d'intrigues, de faux pas, de sous-entendus, de confusions, de ruses et de mises en scène. Ne vous trompez pas, ce n'est pas un reproche. C'est rafraichissant de voir une œuvre qui ne se prend pas au sérieux. Il y a longtemps que je n'ai pas tant ri au théâtre. Toutefois, la beauté de la langue, les jeux de mots et la finesse du jeu nous rappellent à l'ordre, ce n'est pas une œuvre vulgaire et insignifiante, c'est du théâtre véritable. C'est grâce au jeu des comédiens. Ils sont tous magnifiques et talentueux. Les vers déferlent et se croisent suivant la précision d'une horloge suisse. Je me dois de souligner particulièrement le travail d'Emmanuel Bilodeau. Non seulement son jeu est-il juste mais son énergie, sa vigueur et ses déplacements m'impressionnent.
Pour la dernière scène, le mur est retiré dévoilant ainsi des orangers à troncs longs et fins qui simulent le jardin derrière la demeure du comte. Magnifique.
La finale est pleine d'énergie et coiffe parfaitement le spectacle. Seul hic, c'est un peu long mais, je m'en plaint à peine.
Un mot sur le fond. Malgré la frivolité du texte, il y avait un message. On voit la complainte du simple citoyen qui doit se forcer pour survivre qui doit user d'ingéniosité et de ruses pour arriver à quoi que ce soit sans toutefois avoir accès aux richesses de la bourgeoisie. À l'opposé, les bourgeois sont illustrés comme des gens bêtes qui n'ont que leur lignée sanguine pour justifier leur confort. Beaumarchais fait triompher le « paysan » car il est beaucoup plus intelligent. La pièce a été créée en 1784 à Paris. Aujourd'hui c'est drôle. Imaginez-vous l'impact à cette époque… J'ai ouï-dire que Louis XVI n'a pas aimé!
Il y a des supplémentaires jusqu'au 14 février. Allez-y