La Cicatrice de Boston

19 avril 2013 19h41 · Paul Proulx

Pourquoi tue-t-on ? La réponse se doit d’être fort nuancée. Certains ont ramené la question à un problème de définition. Qu’est-ce que le terrorisme ? Ça me rappelle mes cours à l’université où les professeurs s’étendaient longuement sur le vocabulaire qu’ils allaient employer pendant la session.

Tuer ne découle pas nécessairement d’un acte terroriste. On tue ou on se suicide pour mettre fin à un malaise identitaire ou psychologique comme c’est le cas dans le film La Cicatrice. Le héros se tue parce qu’il est incapable de se débarrasser de l’intimidation qui l’a relayé au rang des bouses de vache dans lesquelles on l’a obligé de se vautrer. Les séquelles sont permanentes si jamais la situation a perduré. On fait face à un suicide quand l’estime de soi est bafoué ou à des assassinats collectifs quand on veut prétendument retrouver son estime de soi.

Faire de la philosophie ou de la sociologie sur le dos des tueurs mène à des conclusions erronées. L’incident de Boston n’est pas une illustration des États-Unis. L’affirmer ex cathedra, c’est pratiquer un anti-américanisme primaire. Vouloir en faire une démonstration d’un islamisme radical relève aussi de considérations primaires.

Le problème est plus profond que ça. Il n’entre pas dans les cadres ci-haut mentionnés. Généralement, le grave problème de l’identité emprunte la voie de la violence chez les hommes. Exilés ou enfants d’immigrants, ils ne parviennent pas à s’intégrer à leur société d’accueil. Et c’est celle-ci qui paie pour leurs malaises. Peu importe la victime. Quelqu’un doit payer pour le rejet réel ou imaginaire qu’ils ressentent. Moi-même, je suis fatigué de me faire dire en France: « Ah, un Québécois ! » La nationalité turlupine autrui. Personne ne me dit : « Ah, un petit vieux ! » L’agisme est assujetti à une certaine retenue. Mais on signale sans cesse aux exilés leurs différences autant en paroles qu’en regards. C’est ennuyeux à la longue.

Les plus sensibles se cherchent alors à se rapprocher de leurs racines même s’ils sont nés dans le pays d’accueil de leurs parents. Les musulmans se cherchent des mosquées, souvent délaissées par leurs géniteurs. Ils s’identifient à une religion pour donner un sens à leur vie. Comme la plupart des immigrants, ils deviennent plus musulmans que l’iman. Quant aux jeunes noirs, ils ont les gangs de rue pour se valoriser. Et les adultes noirs se tournent vers les sectes. Leurs temples poussent comme des champignons au Québec.

En somme, ce qui s’est passé à Boston démontre la grande souffrance d’autrui. C’est malheureux que la population d’accueil paie pour les malaises de ceux qui ne parviennent pas à s’adapter. Bref, relier la situation vécue à Boston à de quelconques idéologies me semble sans fondements. Les meurtriers ne sont pas nécessairement des gens politisés, socialement conscientisés, voire véritablement conscients de ce qui les tarabustent. Ils tuent pour se débarrasser d’un mal qui les ronge. Ça ne justifie pas leurs actes insensés parce que nous n’avons pas à servir d’exutoire à leurs frustrations. Mais, par contre, les incidents de Boston doivent nous questionner sur notre comportement à l’égard des étrangers.

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