Les Jeunes sont-ils bien « groundés » ?

10 février 2013 22h24 · Paul Proulx

Panneton, Amélie (Québec, 1985)
Le Charme discret du café filtre. Éd. La Bagnole, 2011, 160 p.

Plus que le charme discret du café filtre, c’est le charme discret de jeunes locataires du quartier Saint-Roch de Québec qui retient l’attention du lecteur. Rien de comparable à La Vie, mode d’emploi de Georges Pérec, quoi qu’en dise l’éditeur, ou au Naïf Locataire de Paul Guth, à l’exception que la forme de ces œuvres réunit les résidants du même immeuble.

Par ses nouvelles, l’auteure déboulonne sans vergogne la vie secrète de gens de la vingtaine que l’on croirait mener une vie des plus active, mais, surtout, des plus intéressante. Ils trottent tout le temps, nous semble-t-il. Même si la mise en bouche débute par l’envoi de cartes postales, il ne faut pas s’y méprendre. L’ensemble des habitants de l’immeuble sont loin d’être des bourlingueurs. Ce sont des chômeurs, des étudiants et de jeunes adultes, hormis un homme de quatre-vingts ans, qui peinent à joindre les deux bouts.

Le recueil est dédié au quotidien que l’on ne clame pas du haut d’un minaret. Qui avouerait mener une vie peu excitante ? Et pourtant, c’est le cas. L’avènement des I Pod et cie, ne rapprochent pas les gens pour autant. La technologie offre plutôt des outils qui maintiennent les interlocuteurs à distance ? Le téléphone intelligent ne peut servir de gardienne pour une boulangère monoparentale qui se lève à trois heures pour faire son pain.

Tous sont confinés à la solitude. Et quand quelques-uns parviennent à vivre en cohabitation, la situation demeure la même. Ce sont des moines modernes qui ont fait vœu de choisir le silence comme mode de vie. Et quand l’âme sœur se dresse sur leur route, leur vie sentimentale emprunte sans grands déchirements la voie d’évitement afin de contourner les engagements afférents.

Ce portrait décoiffe les fausses perceptions de la vitalité des rejetons des baby-boomers. La tristesse accompagne leur quotidien rempli d’appréhensions. Ils se cherchent des repères et des complices à la veille d’une vie adulte. Dans la vingtaine, ils perdent les grandes amitiés de l’adolescence qui les rendaient si forts, et l’inconnu leur fait peur.

La jeune auteure se démarque par son souci de toucher la dynamique des relations humaines sans se perdre dans des considérations philosophiques. Elle touche la cible sans attendrir le lecteur avec le sort de ses pairs. Certaines nouvelles sont fort ennuyeuses. En fait, le sujet se prêtait plutôt à la rédaction d’un roman. Mais ce premier jet d’écriture s’inscrit sous de bons haruspices.

Ajouter un commentaire

Requis
Requis (ne sera pas publié)
Optionnel

Branchez-vous

Pour vous connecter veuillez d'abord vous identifier.

Paul Proulx

Catégories

Archives