Une Camerounaise à Edmonton

21 janvier 2013 12h19 · Paul Proulx

Bayegnak, Guy Armel. Le Plancher se dérobe. Éd. du Blé, 2012, 184 p.

Traversé par la rivière Saskatchewan, Edmonton est la capitale de l’Alberta. Comme c’est la plus riche province du Canada à cause de son pétrole, elle attire de nombreux Canadiens ainsi que des immigrants, tels que l’auteur, qui est un hydrogéologue d’origine camerounaise. À son métier, il a ajouté le plaisir de l’écriture. Il nous a d’abord offert Cœur de lionne, un roman sur la jeunesse du Cameroun. Il a récidivé en 2012 avec Le Plancher se dérobe.

Cette fois-ci, il s’est attaché à Awa, une jeune femme, qui, comme lui, a quitté le Cameroun pour s’installer à Edmonton. Elle est à l’emploi d’une grande entreprise albertaine, dont les dirigeants apprécient fortement son travail au point que l’un d’eux l’invite à un match de hockey disputé par les Oilers. C’est le début d’un rapprochement, qui laisse deviner que des atomes crochus les attirent l’un vers l’autre. Le roman se limite aux tentatives de séduction de Wade, son patron, qui l’invite en Italie pour son voyage annuel.

C’est le roman d’un amour pudique, qui laissera le lectorat sur son appétit. Seul le dénouement décrit les deux tourtereaux main dans la main se dirigeant vers la tour de Pise. L’intention de l’auteur ne visait pas l’exploitation de ce volet galant plutôt qu’amoureux. Il s’attachait surtout à illustrer la volonté d’une Camerounaise désireuse de s’intégrer à la société canadienne. D’abord Awa poursuit ses études pour valider son diplôme en droit afin d’œuvrer dans le milieu pour lequel elle s’est formée. En attente de cette reconnaissance, elle pourvoit à ses besoins pécuniaires en occupant un poste dans la tour qu’occupe l’entreprise qui l’a embauchée.

Tout joue en faveur de l’intégration d’Awa. Sa beauté, son élégance, sa grande classe composent ses principaux atouts. En dépit de cet avantage, elle doit se colleter contre les réticences des blancs à l’égard de leurs congénères noirs. L’auteur profite de l’occasion pour redorer le blason des siens. Il démentit Voltaire, qui classait Cléopâtre parmi les plus grandes femmes de race blanche. Et d’un même souffle, il situe le jardin d’Éden en Afrique. Ève ne serait-elle pas une noire à l’origine de notre civilisation selon la Bible ?

Somme toute, le roman raconte l’histoire d’une intégration réussie. La trame est bien tissée. Elle ne vise que le sujet sans se perdre dans des dédales superflus. Seule la figure d’Awa ressort de cette œuvre. Son profil psychologique est bien établi. Bien liée à son passé, l’héroïne envisage l’avenir avec espoir et lucidité.

L’écriture joue cependant le trouble-fête. L’auteur ne se signale pas par une plume très personnelle. Son roman est plutôt estudiantin. Bref, il convient davantage à des adolescents.

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