La Part manquante de l’homme

10 janvier 2013 10h28 · Paul Proulx

À propos l'article Voir Sous le soleil exactement

Cinéma : De rouille et d’os de Jacques Audiard

Homme, qui es-tu ? C’est la question à laquelle se sont attachés Jacques Audiard et Thomas Bidegain en s’inspirant de deux nouvelles de Rust never sleep du Torontois Craig Davidson, un recueil qui met la testostérone en vedette. « L’homme cet inconnu » se définirait-il à la qualité de ses hormones ?

Le héros Ali reflète l’image de la brute que l’on se fait du vrai homme. Un portrait qui ne le distingue pas trop de l’animal comme l’affirmait Darwin et comme le montre aussi Wajdi Mouawad dans Anima. L’homme, c’est un coq de combat. Il monte vite sur ses ergots. Ceux qui ne répondent pas exactement aux normes de la virilité en subissent les douloureuses conséquences, surtout les adolescents que l’on traite facilement de fifs.

Ali est le parangon de la masculinité portée au zénith. Il n’a pas le cœur sur la main, mais ce n’est pas un sans cœur. Il s’occupe de son fils, dont il a la charge, et remet sur pied une amputée, façon de s’exprimer, qui s’est fait bouffer les deux jambes par un orque, un épaulard en l’occurrence, lors d’un show comme on en voit à Wonderland en Ontario. De ce point de vue, il est plutôt admirable. C’est l’homme résilient, capable de relever ce genre de défi, mais là s’arrête sa compassion. Sa passion du struggle for life s’étend plutôt aux situations qui exigent de jouer du muscle. C’est un combattant né, un adulte qui s’attarde à reproduire l’image du vrai homme que se font les adolescents. Et la boxe lui sert de gagne-pain et d’exutoire pour ne pas se rouiller.

Le destin l’attend au détour. Ali ne fréquente pas saint Paul, mais il trouvera son chemin de Damas, plutôt un étang glacé qui lui fournira sa « part manquante ». dirait Christian Bobin. La leçon sera aussi dure que la couverture sur laquelle il glisse avec son fils de cinq ans. Dure à se briser les cinquante quelques os de la main en tentant de sauver son fils de l’eau glacée. Pour un boxeur, il paiera chèrement sa bravoure, mais il savourera encore mieux sa victoire sur lui-même : devenir un « homme au complet » aurait dit la regrettée Claudette Charbonneau-Tissot (Aude). Et un homme vit avec autrui sans le détruire.

Belle leçon portée par ce film BCBG, mais qui se prend bien d’autant plus que la technique du bruitage est fort réussie ! Les oiseaux gazouillent, la glace crisse, la mer déferle, mais dans une ambiance qui sent le sang. Sans le chercher, c’est la face de Rocky que l’on fait surgir. Caméra sur l’épaule, le caméraman suit l’activité sautillante de tous et chacun sous le soleil d’une Côte d’Azur fort discrète. Il en ressort une luminosité s’harmonisant à la résilience que développent les personnages.

Il faut souligner que le film file sous un filtre qui ralentit le déroulement. Il faut du temps pour que tous les îlots du scénario soient unis par des ponts. Une fois qu’ils sont établis, ça roule à vive allure sur l’avenue qui mène au bonheur de vivre, tel que le laisse entendre la chanson anglaise qui accompagne le générique. Il faut croire que le français est une langue de loosers.

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  • Normand Parisien 27 mars 2013 · 22h33

    Le réalisateur de ce film présente la nature d’une façon très positive : orques dressées, vaste plage, mer ensoleillée. Pour ce qui est des humains, ils sont médiocres, malhonnêtes, immoraux. La violence gratuite et les femmes faciles laissent une impression négative de l’Homme. Sans être un mauvais film, moralement c’est discutable. Faire disparaître les jambes de cette comédienne est vraiment un tour de force des trucages : Photoshop fait des merveilles avec le 7e art. «De rouille et d’os» ne m’a pas émerveillé.

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