24 octobre 2012 9h00 · Paul Proulx
Cinéma : L’Amour dure trois ans de Michel Houellebecq
Lorsqu’on vit en couple, « la première année, on achète des meubles, la deuxième année, on déplace les meubles, la troisième année, on sépare les meubles. » Autrement dit, le mariage conduit à l’échec en trois ans. En somme, c’est un conte des mille et une nuits (trois ans et quart).
Houellebecq a créé avec son aphorisme une comédie romantique littéraire, qui renouvelle le genre avec ses multiples trouvailles et sa mise en scène créative. Le film emprunte beaucoup à l’essai en appuyant sa démonstration sur des grands noms de la littérature et de la philosophie que le scénariste a invité à faire partie du générique. Charle Bukowski, Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut, Marc Lévi viennent tout à tour donner leur opinion sur l’amour. Même Shakespeare peut être fier du film alors qu’on cite une de ses œuvres qui encourage la pérennité de l’amour. Bref, on fait le tour de toutes les opinions et de tous les modèles qui impliquent le désir, le mariage, la fidélité.
Le film fuit les sentiers battus. C’est une agréable comédie, fraîche et poétique qui se déroule au rythme de chansons anglaises. Seuls les Anglais savent parler de l’amour, c’est bien connu. Heureusement, le dénouement des plus inattendu nous emmène Michel Legrand pour célébrer, dans une image rose bonbon, un mariage hors du commun. Même si Houellebecq charrie à l’occasion de la guimauve et des clichés, il donne tout de même une tenue qui élève son œuvre au-dessus de la production courante.
Le scénario parcourt la vie d’un trentenaire dépité d’avoir été éconduit par son amoureuse. La situation l’amène à réfléchir sur le succès en amour. Au lieu de se suicider, il livre ses pensées dans un roman, qui est propulsé en tête du palmarès littéraire. C’est l’occasion de se moquer du monde de l’édition. En fait, tout le film se déroule sous le signe de la dérision, se distinguant ainsi du roman publié en 1997 qui était beaucoup plus noir. Si on est familier avec l’esprit de l’Hexagone, on appréciera grandement cette comédie qui tente de fuir le propos intellectuel malgré ses nombreuses références à des auteurs classiques ou très médiatisés.