20 octobre 2012 10h29 · Paul Proulx
Théâtre : Ce moment-là à La Licorne
La Licorne présente une pièce choc sur les conséquences d’un meurtre au sein de la famille de l’assassin. Enfant, ce dernier a tué la copine de ses sœurs pour avoir ri de lui. Curieux qu’à cet âge, il ait reçu une sentence d’une dizaine d’années de prison ! Quoi qu’il en en soit, cet enfant est devenu un homme complètement réhabilité. Il a même acquis une renommée internationale comme peintre.
Nouvellement mariée, sa femme insiste pour rencontrer la famille de son époux. La dramaturge a choisi « ce moment-là », titre de son œuvre, pour laisser filtrer les ressentiments de tous et chacun à l’égard du drame qu’ils ont vécu. On voudrait bien avoir fait le deuil du geste tragique du garçon de la famille, mais les séquelles sont profondes. L’une des sœurs a perdu sa plus grande amie et l’autre a dû remplir le rôle d’ersatz auprès de la mère de la victime. Les deux sœurs en profitent pour se vider le cœur afin de tourner la page. C’est déchirant à entendre pour le spectateur tellement c’est bien joué par les comédiennes et par l’interprète du frère coupable qui tente d’excuser son acte. Un acte qui a changé la donne familiale. Les parents auraient tant voulu avoir fondé une famille harmonieuse mais qu’eux-mêmes ont mis en péril en chouchoutant leur garçon. Chacun s’est appliqué à pratiquer le déni pour sauvegarder l’esprit de clan. Mais le refoulement a ses limites. C’est à quoi l’on assiste pendant une heure 35 minutes.
C’est une pièce intense à la frontière du supportable. La dramaturge pointe les zones d’ombre de toutes les familles, qui pratiquent la loi de l’omerta à l’égard de ce qui pourrait ébranler ses fondements si jamais on osait se délier la langue. Il fallait une mise en scène forte et des comédiens aguerris pour rendre crédible ce propos indicible. Le défi est relevé avec brio.
Le sujet est brûlant d’actualité quand on pense à tous les crimes de ces hommes qui ont tué leurs enfants récemment. Quelles ont été les répercussions de leur geste sur leur famille ? Le pardon n’est pas facile, même pour la société. Bref, la pièce entame une réflexion qui nous pousse dans nos derniers retranchements. Et elle le fait de belle façon.