Un bled perdu de l’Amérique latine

16 octobre 2012 4h03 · Paul Proulx

Beaulieu, Alain. Le Postier Passila. Éd. Leméac, 2010, 186 p.

Comme dans Village sans histoires de Charles Lewinsky, le postier d’Alain Beaulieu se réfugie dans un petit village sud-américain paisible pour se remettre d’une rupture amoureuse. L’ailleurs comme panacée aux maux de l’âme ! Le motif sert de préambule pour exploiter la vie comme un long fleuve tranquille dans un bled que l’on croirait sans histoires.

Ce n’est pas parce que la mer est étale que les courants s’apaisent. Edouardo Passila l’apprend à ses dépens. Pour renouer avec sa tranquillité d’esprit, il a demandé une mutation de la grande ville à Ludovica. Ce village, qui ressemble à une miniature, ne cache pas moins des remous susceptibles de concourir à la perte des villageois.

Dès son arrivée, il s’est buté au caractère acariâtre de l’hôtelière avant d’intégrer sa maison de fonction. Que lui importe ses excès de bile ! Il se met rapidement à l’œuvre afin que le départ de son prédécesseur ne rompe pas le service postal. Rapidement, il se rend compte que la population s’adresse à lui en insinuant des dangers qui menacent tous et chacun. Pour s’en protéger, on pratique la politique des faveurs. Le boulanger fournit ainsi le pain gratuitement à Passila.

Dans ce contexte se forment des clans pour contrecarrer les projets machiavéliques de villageois véreux. Mais qui sont-ce ? Le policier Cortez semble être l’âme de Ludovica en s’adonnant à l’extorsion. Tous le craignent et soupçonnent son voisin d’être à sa solde pour l’informer des us et coutumes, qui consolident son emprise sur le village par le chantage.

Subissant cette atmosphère étouffante, le postier songe à se faire muter une autre fois. Le facteur émotif aidant, il envisage de quitter le village avec la belle Estrella, la fille de l’ancien policier. Mais la population entrevoit son avenir autrement. Elle le phagocyte pour assurer son salut.

Le narrateur décrit à merveille ce microcosme, soutenu par une écriture bien ordonnée à la lourdeur qui appesantit le village. Sans faillir, l’auteur maîtrise son œuvre à l’intérieur d’un suspense sans prétention, qui tient le lecteur en haleine jusqu’à un dénouement trop foisonnant en rebondissements. Bref, il est facile de comprendre pourquoi ce roman était en lice pour le prix du Gouverneur général en 2011.

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