10 octobre 2012 11h08 · Paul Proulx
Arbour, Marie-Christine. Drag. Éd. Hurtubise, 2011, 183 p.
Déçues par le marché des cœurs à vendre, les femmes empruntent souvent des sentiers singuliers pour franchir le cap des trois ans d’amour selon Houellebecq. C’est le cas de Claire, une artiste peintre, expulsée de l’enfance dès l’école élémentaire alors que ses fantasmes nourris par la force de Claude ont été trahis quand le garçon s’est avéré être une fille.
À cet âge, l’androgynie confond les sexes. Déception qui a mené l’héroïne à se travestir. Drag, le titre du roman, donne le sens à sa quête existentielle. Une femme androgyne à l’assaut de l’amour du sexe opposé. Parviendra-t-elle à ses fins alors que la voie suivie la condamne à la marginalité ?
Dans le quartier des paumés de Vancouver, Claire tente de séduire Babouchka, sa voisine de balcon habillée d’une grande robe noire. La marginalité conduit à tous les excès, voire même à renier son orientation sexuelle. La femme en question, native de la Russie, est un grand musicien travesti. Leur rencontre se convertit en une belle histoire d’amour. Un amour entre deux asociaux qui s’assument et qui sont l’un pour l’autre la rédemption attendue. S’accepter tel que l’on est, apprendre à lâcher prise et à ouvrir son corps à la sexualité. Mais c’est grâce à l’art que Claire et Nicolaï vivront ce que le hasard a fait de leur corps, et que le destin vient de rendre sacré par un amour enfin partagé.
L’auteure a moulé cet amour en respectant le contexte social qui a façonné son duo idyllique. La Russie bolchévique telle que vécue par Nicolaï et les revers de Clarouchka, devenue la femme d’un virtuose à qui elle se soumet bien volontiers. Reine du foyer, mais triomphante avec ses pinceaux, qui la délivrent enfin de la nécessité. Paradoxe tout de même pour un couple qui avait idéalisé le ne rien faire en guise de pied de nez à la classe bien pensante.
Le roman fouille la psychologie de ces amants, nés apparemment pour la souffrance, mais qui parviennent à en faire leur force. Cette analyse est fort bien réussie. Si le bât blesse, c’est au plan de la forme. L’expression scripturale abuse de l’aphorisme sans compter que l’œuvre est fort redondante. Bref, c’est un roman heureux sur un sujet peu traité.