5 octobre 2012 10h24 · Paul Proulx
Biz vient de refuser que son dernier roman, La Chute de Sparte, fasse partie des oeuvres soumises au jury qui décernera le prix du Gouverneur général. Curieuse décision ! Ne pas se considérer comme un sujet de sa Majesté, c’est ignorer la réalité.
Ce refus est contradictoire. Pour être logique, Biz aurait dû exiger de Leméac de retourner la subvention fédérale qui a servi à publier son roman. Il aurait dû refuser de participer à l’émission de Guy A. Lepage. Les invités ne se présentent pas à titre gratuit. Si l’on veut se dissocier d’un état qui reconnaît la reine comme chef honorifique, il faut agir en conséquence. Pourtant quand le gouvernement Harper a menacé de couper les subventions à la culture, on a assisté à une révolte de la part des milieux culturels. Je me souviens d’un discours enflammé par un représentant de la direction de La Licorne, qui nous exhortait de ne pas voter pour le Parti conservateur avant que ne commence la pièce. Si jamais les subventions avaient été réduites, il aurait fallu dire adieu à de nombreuses oeuvres dans tous les champs de la culture.
La logique aurait voulu que Biz acceptât que son roman fût sélectionné pour l’obtention de ce prix accordé en fait par ses pairs. Ainsi il aurait récupéré mille dollars de ses impôts payés à sa Majesté. Au contraire, il a contribué à la caisse royale. Plume Latraverse l’avait compris en acceptant de chanter sur la Colline parlementaire le premier juillet. Par voie de conséquence, il faudrait refuser, selon la logique de Biz, toute participation aux jeux Olympiques et aux différents festivals du cinéma tenus dans le monde, voire même payer nos achats avec des peaux de castor ou des bûches de bois comme dans la publicité de Capital One. La monnaie est émise au nom de sa Majesté comme le prouve notre 20 dollars.
Je comprends que nos convictions nous déchirent. En corollaire du raisonnement de Biz, faudrait-il que les incroyants s’abstiennent de parler aux croyants ? Cette façon étroite d’agir est à la source de tous les conflits.
Ces artistes sont souvent très émotifs. La partisanerie en aveugle plusieurs. Biz n’est pas le premier à refuser de participer à des activités fédéralistes à ses yeux.
Comment peut-on prétendre être ouvert sur le monde tout en crachant sur notre voisin?
Nos convictions nous déchirent? Pas tant que ça, mais l’incompréhension du mode subventionnel pour certains artistes fait en sorte qu’ils se sentent toujours lésés. Un artsite est comme un travailleur autonome, un requin de plus dans la piscine et les porte-étendards s’enfargent souvent dans les trottoirs…