17 août 2012 20h27 · Paul Proulx
À propos l'article Voir Sous béton
Georges, Karoline. Sous béton. Éd. Alto, 2011, 187 p.
L’auteure se décrit comme une « écrivaine et artiste interdisciplinaire, [qui] explore les concepts et les processus de transformation et de sublimation. Elle s’intéresse aux manifestations virtuelles, aux devenirs possibles, au déploiement de la conscience à travers le dédale technologique et à l’accumulation des savoirs ».
Le rôle qu’elle s’attribue résume aussi son roman. Il s’agit d’une dystopie (fiction inquiétante) qui explore les possibles de l’évolution à l’instar de Teilhard de Chardin. Elle a écrit à sa manière une messe profane pour une humanité confrontée aux continuelles transformations qui l’obligent à s’adapter constamment. Comme cadre romanesque, l’auteure a choisi une tour afin que ses protagonistes, qui habitent au 804 du 5969e étage, se protègent des humeurs évolutives. Tous sont soumis aux mêmes contraintes afin d’échapper à la mort comme celle des dinosaures emportés par un univers en mutation. La survie de l’espèce est à ce prix. Un emmurement de béton, qui l’assure contre les vicissitudes de la nature.
Le seul enjeu envisageable pour les personnages, c’est la compréhension des causes de ce huis clos obligatoire. Tout de même, une fillette du 5969e étage voudrait quitter cet univers infernal, qui heurte son individualité et sa liberté. Mais est-on vraiment libre ? Les humains ont l’insigne privilège de s’adapter. C’est ce qui distingue les êtres pensants des autres espèces. Mais si une plante tropicale ne peut survivre en Sibérie, faut-il en conclure que les humains doivent aussi s’assujettir à des contraintes pour ne pas périr ?
Ce n’est pas un roman d’anticipation comme 1984 de George Orwell. Il ne s’agit pas de l’emprise d’un Big Brother. L’auteure a plutôt écrit un conte philosophique montrant une communauté, qui s’articule pour sauver le devenir de l’humanité. Le propos est véhiculé par une poésie aseptisée et dénudée de sentimentalisme. Une poésie froide pour mieux stigmatiser l’expérience humaine. Bref, un chef-d’œuvre difficile à apprécier tellement l’auteure s’est maintenue, plus qu’il ne le fallait, au-dessus de la mêlée.
Malgré la retenue en fin de votre commentaire, je me mets à la recherche de cette oeuvre. « Sous le béton » m’intéresse vraiment. Je vous remercie pour cette proposition.