Un Christ qui se nourrit de nos maux

3 août 2012 7h47 · Paul Proulx

Tremblay, Larry. Le Christ obèse. Éd. Alto, 2012, 180 p.

Avec Le Christ obèse, le dramaturge Larry Tremblay a choisi le chapeau du psychanalyste pour revisiter les saintes écritures. Son évangile s’est détourné de l’happy end de la Résurrection. La souffrance colle à l’âme sans l’espérance d’une quelconque libération en ce bas monde. Le catholicisme considère que seule la mort délivre de l’enfer terrestre.

Le roman s’appuie sur cette toile de fond pour encadrer la réflexion du narrateur Edgar, impliqué dans une œuvre salvatrice. S’étant rendu un soir au cimetière pour rendre hommage à sa mère récemment décédée, il est témoin du viol d’une femme par quatre individus. Empathique, il emmène la victime chez lui pour lui prodiguer les soins nécessaires. Soins qui lui révèlent que la robe déchirée qu’elle portait cachait un corps d’homme.

Indépendant de fortune, le héros se consacre entièrement au service de son protégé. C’est le début d’une vie commune, marquée par le silence. Un huis clos meublé par les monologues de sourd d’Edgar alors qu’il soigne et nourrit un corps malade apparemment indifférent. Cette dépendance débouche sur une vie fusionnelle. Comme la tutelle se prolonge indûment, les rôles s’inversent. Jean exerce finalement une emprise sur son bienfaiteur, qui vient de trouver un substitut à la fusion maternelle. Bref, Edgar continue à tisser les liens destructeurs de sa personnalité.

Incapable de se passer d’un suzerain, il devient le jouet d’un Christ obèse à force de se nourrir de son mal de vivre. La religion a marqué ce héros apparenté aux Québécois de jadis empêtrés dans les plis de la soutane. D’ailleurs, quelle n’est pas la plus belle preuve d’amour que le héros puisse donner à sa mère que de lui promettre de devenir prêtre ! Ce désir d’accéder au sacerdoce entretient son obsession de la fusion qu’il dévie vers le Père qui est dans les cieux. Le Pater noster est sa prière favorite, mais il est persuadé que le « sed libera nos a malo  » ne s’applique pas à la proie phagocytée par un prédateur.

Larry Tremblay vient de concocter le plus beau thriller psycho-religieux qui soit. Mais c’est un roman pessimiste, qui dévoile le monstre tapi dans le cœur de tout un chacun. L’auteur le démontre de belle façon sans dénigrer la religion. Bref, c’est du grand art pour ceux qui jettent un regard vertical sur la vie.

Classé dans :  Livres
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