29 juillet 2012 11h30 · Paul Proulx
À propos l'article Voir Harmonijka, A Backstage Story
Attention à la route 112 qui conduit de Montréal à Québec en passant par la Montérégie et les Cantons-de-l’Est. C’est à la hauteur de Rougement que trois cyclistes ont perdu la vie sous les roues d’une fourgonnette conduite par un jeune mort de fatigue.
C’est au même endroit, juste avant le parc de Saint-Césaire, que Jean-Simon Desrochers a tourné son sablier pour que le temps poursuive sa course vers quelque paradis. Course perdue d’avance. Il n’existe pas de « paradis, clef en main ». De toute façon, embusqué dans le détour, le carambolage attend le voyageur pour mettre un terme aux ailleurs prometteurs. En fait, comme Marie-Claire Blais, l’auteur a entrepris de démontrer la faillite du genre humain. Leurs œuvres se logent à l’enseigne du pessimisme. Et l’actualité entérine ce choix.
Dans un triptyque, le roman réunit treize personnages venus de tous les horizons, Un ministre et son chauffeur, un conducteur d’autobus et son unique passagère, une masseuse avec ses spéciaux, un « baker » de Tim Horton, une militaire qui a œuvré en Afghanistan, une mère monoparentale, un couple qui bat de l’aile, un artiste vivant aux crochets de l’État, un « trucker » américain et un adepte porno. Cette liste donne l’éventail commun de la population côtoyée au Québec. Il ne manque qu’un curé qui exerce son ministère dans plusieurs paroisses.
Les protagonistes sont incarnés dans un quotidien enraciné dans le besoin de survivre. Leurs luttes ne les amènent pas à lever les yeux vers le ciel. À la guerre comme à la guerre. Primo vivere. Tous sont ancrés dans l’urgence de vivre comme s’ils en étaient au dernier droit de leur existence. Qui dit urgence pense surtout à sauver son corps que l’on lance dans des ébats qui font croire à la vie. Le premier volet soulève la problématique à laquelle ils sont confrontés. Le second les lance tous sur la même route où l’on doit départager les morts des vivants. Et le dernier laisse voir les séquelles d’une vie qui s’est coltinée à la grande faucheuse.
En somme, l’auteur a préparé un ballet dansé par Éros et Thanatos. Le tandem ne fait pas le ravissement des humains. Leurs luttes combattent les éléments du désespoir au lieu de s’attaquer à l’introspection qui favoriserait la découverte du salut. Bref, nous sommes plongés dans l’enfer de Dante sans l’espérance d’en sortir.
Œuvre existentielle si l’en est. Ça reflète bien la perception que nous nous faisons du monde. Sous une forme qui n’appartient ni à la nouvelle, ni au roman, Jean-Simon DesRochers s’est fait le chroniqueur des temps qui courent. Temps d’autant plus menaçant que la solitude ronge la solidarité porteuse de salut. Son œuvre est d’une grande richesse, mais malheureusement l’écriture manque d’aération. C’est tellement pâteux qu’on démêle difficilement les ingrédients qui composent ce magnifique plat.