21 juillet 2012 8h02 · Paul Proulx
Cousture, Arlette. Petals’ Pub. Éd. Libre Expression, 2012, 413 p.
Les romans, qui s’attachent en particulier au X1Xe siècle, encombrent les rayons des librairies et des bibliothèques. D’accès facile, cette littérature populaire attire les lecteurs, dont les ancêtres sont les héros.
En 1884, trois jeunes Montréalaises habitent des taudis du quartier Griffintown, le chef-lieu des Irlandais, qui ont fui la misère de leur pays en 1830 pour se coltiner à la nôtre. Ces femmes aux noms floraux tentent de s’épanouir en dépit de la parcimonie du soleil. Angélique choisit la vie religieuse, mais, éprise du servant de messe, elle quitte le couvent. Margaret, une Irlandaise, qui a survécu à la quarantaine obligatoire à Grosse-Île, s’amène à Montréal avec son fiddle (violon). Violette, qui a perdu presque toute sa famille dans un incendie, vit avec son frère dans un sous-sol infect.
L’intrigue du roman repose sur la destinée de ces trois célibataires en quête d’amour et d’un emploi. Comment Angélique fera-t-elle fructifier ses dons de boulangère ? Comment Violette s’attirera-t-elle une clientèle avec ses doigts magiques de couturière ? Comment Margaret acquerra-t-elle le Petals’ Pub ?
L’auteure en profite pour souligner les carences familiales, en particulier la violence, dont se rend coupable un forgeron, père de plusieurs enfants. Elle dénonce, d’autre part, les préjugés des bourgeois jaloux de leur caste. Il est impensable que la mère d’un fils médecin consente à ce que les feux de l’amour se consument avec une plébéienne. Le roman est sensible aux différences sociales. Il reflète bien les quartiers montréalais, qui confinent chacun à son rang. L’est et le sud-ouest de la ville sont réservés aux moins nantis; la gent aisée se regroupe au pied du mont Royal. Au-delà de ses différences se déploie une ville portuaire, qui menace la vie de ses habitants avec son fleuve annexé en hiver au système routier.
L’auteure a le don de créer de beaux personnages, qui se côtoient sur une voie bien balisée. Chacune des trois héroïnes est habitée par l’énergie de sa jeunesse qu’elle tempère à l’aulne d’une foi vivante, mais ouverte. La géhenne ne les obsède pas trop. C’est beau, rafraichissant, mais d’une naïveté qui affecte la crédibilité de l’œuvre.
L’auteure a concocté un roman bien ficelé et aucunement redondant avec ses 413 pages sur les premières féministes à vivre au grand jour dans une société pudibonde et fermée. Le bémol s’applique à la facture anecdotique et incisée en tranches comme pour une télésérie. Quant à l’écriture, elle se démarque en ce qu’elle ressemble à une traduction, surtout avec les longs passages en anglais, qui se veulent fidèles à la langue des Irlandais. C’est tout de même intéressant si l’on veut se familiariser avec Griffintown que Marie-Hélène Poitras a aussi mis sur la sellette avec son roman, dont le titre est éponyme de ce quartier peu connu.