Visile libre de Versailles

30 juin 2012 9h21 · Paul Proulx

À propos l'article Voir L'été de la révolution

Les Adieux à la reine de Benoît Jacquot

Le château de Versailles n’est pas à vendre. La Cour doit se rendre. Après la prise de la Bastille, la récréation cède sa place à la décollation. Terminée la chasse aux froufrous qui, de l’homme, troublent l’âme. Mais curieusement, personne ne sait ce qui se passe dans la rue. Quand on règne par ordre divin, la grogne populaire ne parvient pas aux oreilles. On croit que la paix sociale recouvra ses droits en deux coups de règle sur les doigts. Mais le peuple a la couenne dure.

L’insouciance règne en maître à Versailles. Comme au domaine de Sagard de Paul Desmarais dans Charlevoix, on croit ferme, à l’instar des punaises, que l’on puisse s’alimenter indûment à même le sang du peuple. Hélas, en 1789, vient le temps de faire ses adieux à des avantages usurpés comme s’apprêtent à le faire certaines têtes dirigeantes de nos institutions, qui abusent de leur poste pour mener faste train.

Ainsi la Cour doit fuir pour échapper au gibet. 286 têtes sont recherchées pour rendre hommage à la tranche de Joseph Ignace Guillotin. Pourtant la frivole Marie-Antoinette, préférant le dahlia à l’orchidée de la directrice du port de Montréal, continue de s’amuser au milieu de ses chouchous en faisant clinquer ses bijoux et bruire ses froufrous. Mais hélas, son nom vient en tête de liste, comme il se doit, pour que roule sa tête au pied d’un peuple ahuri par le pouvoir royal.

Comme Marie-Antoinette se doit de sauver son entourage, elle se départit de sa lectrice à qui elle ordonne d’endosser les oripeaux de sa favorite pour que cette dernière, déguisée en valet, échappe aux mains des rebelles si jamais ils interceptent les deux femmes dans leur fuite vers la Suisse. Accepter une mort éventuelle au nom de l’amitié. Amitié apparentée davantage au lesbianisme d’une reine honorée aussi par des amants.

Comme Madame de la Fayette l’a fait avec La Princesse de Clèves, le scénariste lève le voile sur la vie à la Cour. La sobriété caractérise son traitement. Et c’est un ton teinté par l’intimité qui suit les péripéties. Le résultat ne ressemble en rien aux claironnements des œuvres du genre. Pas de faits d’armes pour émerveiller le cinéphile en quête de sensations fortes. C’est une œuvre d’intériorité qui porte à la réflexion.

J’espère naïvement que nos roitelets tireront une leçon de ce film pour régler la crise actuelle au Québec. Vivons-nous notre Révolution française ? Nos grands adolescents ne coupent pas de têtes, mais ils tiennent tête à un gouvernement qui s’entête à se payer leur tête pour équilibrer son budget.

Classé dans :  Cinéma
Mots-clés : 

Ajouter un commentaire

Requis
Requis (ne sera pas publié)
Optionnel

Branchez-vous

Pour vous connecter veuillez d'abord vous identifier. Vous pouvez aussi créer un compte.

Catégories

Archives