Qui suis-je ?

21 juin 2012 9h51 · Paul Proulx

François Gilbert a écrit Coma, un roman japonais à l’instar d’Aki Shimazaki. L’auteur a délaissé le souvenir touristique romancé afin de se concentrer sur Kikuchi Satô, un jeune qui fuit son pays après un échec amoureux tragique pour s’implanter à Shanghai, où il occupe un emploi au sein de la brigade du restaurant d’un grand hôtel.

Le suspense repose sur la découverte de la personnalité trouble du héros. Lui-même entreprend son introspection quand Ayako devint comateuse à la suite d’une tentative de suicide ratée. Malheureuse que Kikuchi ne réponde pas à ce qu’elle attend de lui, elle lui crève un œil avant de se jeter d’un bateau sur lequel le couple se trouve le jour de leur fatidique séparation.

Pour oublier son drame, le jeune homme s’exile en Chine. Rejeté pendant l’enfance, il fournit de grands efforts pour s’intégrer à son pays d’adoption. En fait, il cherche l’admiration d’autrui. Pour s’y faire, il accorde une attention particulière à son image, voire emprunter celle de ceux qu’il aime, tel le virile Yoshi, le frère d’Ayako, dont il porte même les vêtements pour se rendre séduisant. Cette quête d’identité le conduit hors de ses pas. Il veut être autre pour atteindre le cœur d’autrui. Se dédoubler comme la mère d’Ayako pour jouer sur tous les tableaux de la vie. En somme, c’est un Narcisse qui n’aime que lui-même. C’est ce que réalisent les femmes qui l’aiment, telles sa copine japonaise, mais aussi Ya Jun, la réceptionniste de l’hôtel où il travaille. Cette constatation pourrait servir de dénouement. L’auteur continue cependant son investigation de la psychologie de Kikuchi, un héros troublé par sa ressemblance avec Ayako. Ne serait-il pas plutôt un androgyne en quête d’une orientation sexuelle, qui susciterait un véritable engagement envers autrui ? Faute de ne pas s’identifier à un clan, s’abstient-il d’aimer ?

Le portrait porte la signature d’un auteur qui serait parvenu au sommet de son art. Pourtant, c’est un trentenaire qui en est à sa première œuvre. Sa maturité laisse prévoir un avenir littéraire prometteur. L’écriture porte même la marque d’une plume aguerrie. Son roman est un petit bijou que l’on saura apprécier si l’on est interpellé par les maux de l’âme.

Classé dans :  Livres
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