2 février 2012 11h39 · Paul Proulx
À propos l'article Voir Poule mouillée
Adapté d’un roman revisité du docteur Jean Lemieux, ancien médecin de famille aux Îles-de-la-Madeleine, le film présente une enquête policière bien ficelée. Elle nous happe dès les premières images alors que deux patrouilleurs, un homme et une femme, sont appelés sur le lieu d’un crime. On a découvert le corps mutilé d’une cégépienne, recouvert de coquillages sales. L’épithète a son importance comme pièce à conviction pour étayer la preuve du sergent André Surprenant. Policier local qui devra remettre la conduite de l’enquête à un inspecteur de Montréal, imbu de lui-même. Le film repose sur leur dualité. Chacun de leur côté, les deux hommes s’affairent à dénouer le nœud gordien. Inutile de dire qui va emporter ce bras de fer mené à l’insu du Montréalais.
On n’a pas oublié d’introduire ce suspense fort crédible dans un cadre madelinot et humain. On a intégré les pêcheurs au cœur d’un scénario reposant sur une mer qui est l’axe du dénouement d’une histoire de jalousie. On meurt par amour dans ce film. Le ON renvoie aussi à un suicide qui est à l’origine du crime. Ces assises du film ne tournent pas le dos à la vie privée. Le sergent Surprenant est le père d’une ado invivable, dont il a la garde. Comme cœur libre, il fait l’envie de sa collègue qui met tout en œuvre pour s’en emparer. Les amours tragiques côtoient l’amour tout court, un amour bien actif dans un contexte isolant comme peut l’être un archipel. Mais curieusement, le sergent Surprenant à la phobie de l’eau, d’où le titre du film. Caractéristique ajouté inutilement au roman.
Même si le matériel est touffu, le film n’est pas labyrinthique. Au contraire, il a été tourné par laisser transparaître une quotidienneté qui évite la morbidité. Il est permis de sourire entre deux respirations.
L’œuvre se caractérise par sa sobriété. Bien enracinée dans un terreau insulaire, elle ne cherche pas à se faire carte postale. Le bât blesse plutôt au plan de l’interprétation. Stéphanie Lapointe est fort peu crédible dans son rôle de victime, sans compter que l’on met trop en exergue les personnages déplaisants dans des encadrements sombres tout à fait inefficaces. Pour obtenir un effet optimal, il aurait fallu réduire le film d’une demi-heure. Mais tout de même, les deux heures passent rapidement.