De la grosse crisse à la maudite chienne

3 décembre 2011 9h25 · Paul Proulx

À propos l'article Voir Généalogie maudite

Le ministre Norman MacMillan a traité Sylvie Roy, la députée de Lotbinière, de « grosse crisse ». Crise de misogynie entérinée par Jean Charest lui-même en traitant la députée Elsie Lefebvre de « maudite chienne ». Les réseaux sociaux s’appliquent à suivre le ton de l’Assemblée nationale. Le respect d’autrui est une vertu disparue de nos mœurs depuis belle lurette. Et c’est la femme qui en paie le prix. On se réjouit pour François Legault d’être financièrement à l’aise, mais on ne pardonne pas à Pauline Marois de l’être. Deux poids, deux mesures.

L’Écossaise Clare Duffy et le Québécois Pierre Yves Lemieux ont illustré la thématique en écrivant Ana. De la déesse sumérienne Inanna qui a épousé un berger d’Uruk à l’itinérante qui meurt dans l’anonymat à Montréal, le parcours féminin suit les même balises comme le montre aussi Élise Turcotte dans Guyana. Un parcours fataliste qui range la femme au centre de la servitude. On refuse à la femme ses lettres de noblesse, comme le note aussi Dominique Fortier dans La Porte du ciel. Les romanciers et les dramaturges semblent d’accord pour affirmer qu’elle sert uniquement de génitrice ou d’exutoire à la sexualité. Et si jamais, elle manifeste des dons particuliers, on s’empresse de la rabaisser comme ce fut le cas pour Camille Claudel, une femme sculpteur qui a connu l’univers des soins psychiatrique au profit de la renommée de Rodin.

L’espace, le temps et la culture n’affectent en rien le sort des femmes. Pour le duo de cette dramaturgie, c’est évident. Mais le survol est trop pressé. Les tableaux se succèdent sans crier gare. C’est d’autant plus leurrant que le rouge saignant des costumes appuie la douleur de l’histoire de la femme à travers les âges. Qu’elle l’exprime tantôt en anglais, tantôt en français n’apporte pas une dimension particulière au drame. La traduction, comme à l’opéra, s’avère inutile pour suivre l’action en dépit de la méconnaissance d’une langue. Il aurait été préférable de choisir un véhicule linguistique unique.

L’accueil fut plutôt froid. Qu’il manque de lumière au bout du tunnel en a sûrement déçu plus d’un. Mais il reste que c’est un discours péremptoire quand on songe au suicide de Marjorie Raymond ce lundi-ci à Sainte-Anne-des-Monts.

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