Du bon usage de la guerre

19 novembre 2011 3h01 · Paul Proulx

À propos l'article Voir La porte du ciel

La Louisiane est un patchwork de sangs-mêlés. La métaphore de la courtepointe illustre très bien le phénomène qui caractérise nos voisins du Sud, de la Louisiane à l’Alabama.

Chaque volet du roman est entrecoupé par un modèle de courtepointe que les héroïnes suivent pour confectionner des couvre-lits inusables avec des tissus taillés à même des vêtements usés. Ce travail de patience leur sert d’exutoire pour s’exprimer. Les esclaves louisianaises signalent leur originalité avec leurs œuvres faites main, auxquelles s’ajoutent les  broderies des riches blanches.  Leur liberté passe par l’aiguille et le dé à coudre.

Sur la toile de la guerre de Sécession, l’auteure pique l’ardent désir d’un affranchissement, qui exige son quota de sang et de morts. Les États-Uniens sont même prêts à diviser le pays au nom d’un esclavage de droit divin, clament les pasteurs bien intentionnés. Dieu aurait créé les noirs pour servir les blancs. En fait, cette guerre est-elle terminée ? Le Ku Klux Klan l’a perpétuée. Et aujourd’hui le Tea Party l’alimente fortement. Le tableau n’a rien de réjouissant. Il révèle une Amérique qui n’a pas fait bon usage de la guerre. Elle s’est plutôt affaiblie avec ses divisions et son aspiration à vouloir r présenter la faction qui incarne le plan divin sur la terre.

Le contexte social a des répercussions au sein de la population. Quand on est une femme noire, on est condamnée aux champs de coton, tous étant la propriété de blancs. Et c’est sans compter le droit de cuissage qu’accorde la suprématie blanche. En fait, c’est le destin de la femme que l’on suit à travers ce roman : Eleonar, la fille d’un propriétaire terrien et Ève, sa servante noire que le père a achetée tout en l’affranchissant. Mais même affranchie, les recenseurs l’enregistrent comme les trois cinquièmes d’un être humain. Donc, il faut deux noires pour faire une blanche.

Ce roman, riche et puissant, bénéficie du don de conteuse de Dominique Fortier. Ce qui est intéressant dans cette œuvre, c’est le sort de deux jeunes femmes, qui veulent ouvrir la porte du ciel. Mais la toile de fond les écrase sous son poids informatif. Dommage !

 Les femmes s’en sont inspirées pour leurs courtepointes.

Classé dans :  Non classé

Ajouter un commentaire

Requis
Requis (ne sera pas publié)
Optionnel

Branchez-vous

Pour vous connecter veuillez d'abord vous identifier. Vous pouvez aussi créer un compte.

Catégories