26 octobre 2011 10h08 · Paul Proulx
À propos l'article Voir Le goût de l'eau
Loin des romans d’époque qui inondent les rayons des librairies, le film de Guy Édoin plonge au cœur même des problèmes du monde rural que l’on idéalise. La campagne comme panacée aux maux de l’âme. Même L’Âge des ténèbres de Denys Arcand se dénouait au milieu de cet univers soi-disant apaisant. Le réalisateur tire de longs sanglots de son violon, tels ceux de la Chanson d’automne de Verlaine. Et les personnages s’en vont, comme le poète, « au vent mauvais qui les emporte deçà, delà, pareil à la feuille morte, »
Film tout en retenue d’une mise à nu de sentiments des plus crus. On quitte les dangers de la rue pour ceux des champs écrus. Le film protège la couleur de la campagne. Sous une brute lumière, s’insinue une vie que la mort bascule. En fait, cette œuvre est une méditation sur la mort. La mort de la paysannerie comme l’indique le dénouement, la mort des âmes qui se diluent faute de rapprochements.
Le silence est au cœur du film. Un silence éloquent, qui laisse au chant des mouches d’accompagner le drame qui s’ourdit. Le mot ne parvient plus à traduire ses maux. Le regard sert de dialogues. Regard de lassitude que l’adolescent du couple maudit des cieux rend avec éloquence, regard impuissant de la mère qui sent la chute de son idéal, regard concupiscent de celui qui veut s’arroger un cœur qui s’en va à vau l’eau.
Le film est construit comme un diptyque. L’amont et l’aval de la mort d’un père qui servait de pôle rassembleur. Si le sel s’affadit, avec quoi salera-t-on ? Il ne reste qu’à ourdir le drame salvateur.
Curieux rapprochement qui, pourtant, s’avère possible. Ironie du sort. Mourir pour mieux renaître.
Guy Édoin a magnifiquement enlacé son nœud gordien. La trame psychologique et sociale s’enchevêtre avec art. La nature berce les âmes en peine comme le montrent les deux images choisies. Mais ce n’est pas suffisant. Que faut-il pour briser le cercle vicieux de l’existence ? Le cinéphile quittera la salle avec cette question en tête.
Les deux protagonistes en peine dans le même champ.